“Nous » est l’image que tout individu se fait du groupe auquel il appartient.
Le concept du “nous” trouve ses racines dans les travaux et les recherches de René Kaës menées en psychologie sur l’identité sociale, à partir des années 70. Alors que le “soi” est l’intériorisation de notre identité individuelle, le “nous” saisit l’identité familiale ou groupale telle qu’elle est ressentie par chaque membre d’un groupe. L’image du “nous » est donc très personnelle et se différencie de celle des autres membres du même groupe. Dans l’espace qui va du “soi” au “nous”, s’établissent des relations génératrices d’émotions positives, qui appellent un investissement affectif.
Le concept du “nous” a été étudié et exploité à partir des années 2000 en marketing. Il intéresse aujourd’hui la sociologie, à travers l’anthropologie et la psychologie. La difficulté à l’étudier tient dans l’absence d’un support physique. René Kaës a tenté une étude “3D” du “nous” en lui donnant trois dimensions ;
- une dimension pictographique : l’image mentale que chacun peut élaborer pour “dessiner” le groupe dont il se sent solidaire,
- une dimension scénique (ou dramatique) : qui est l’espace intérieur où l’on se met en scène au sein du groupe,
- une dimension narrative : constituée par le discours que le sujet tient sur le groupe, sur les autres et sur lui-même.
À chacun d’exprimer sa façon de vivre le groupe, dans chacune de ces dimensions, pour traduire sa vocation spatiale. Car le groupe, “nous” est espace : un lieu pour se réunir, un vécu commun, à la fois intérieur et extérieur (à la façon du ruban de Möbius), un au-delà des limites corporelles de chacun dans l’expression d’une énergie collective.
On trouve en “nous” l’énergie du nouveau.
La vitalité étonnante des petits groupes tient dans le sentiment de (re)commencement, à partir de ressemblance(s), (groupe familial, religieux…) ou de différence(s), (par rapport à un groupe déjà constitué, par exemple).
Les groupes importants ont tendance à s’épuiser au fil du temps, s’ils ne sont pas entretenus par une autorité charismatique. Leur espace se distend quand il n’est pas soumis à la pression d’un événement (ainsi l’agression russe renforce le groupe ukrainien).
Les groupuscules ont une capacité créative performante malgré leurs difficultés d’existence.
Ces difficultés tiennent le plus souvent dans le fait que leurs activités sont perçues comme allant à l’encontre des intérêts de groupes déjà constitués.
Ainsi ceux de nos ancêtres qui se sont un jour opposés à une autorité en place, ont fui en groupe pour coloniser de nouveaux espaces. Ces nouveaux groupes se sont adaptés à leur nouveau territoire (voir https://fait-expres.fr/2022/01/21/91/).
Les civilisations industrielles ont colonisé et dégradé les espaces les plus accueillants.
De nouveaux groupes se reconstituent dans les espaces délaissés .
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