Temps

La quatrième dimension de notre univers reste à l’heure actuelle la plus énigmatique. Cette dimension est indispensable à l’appréhension des trois autres qui constituent l’espace. Pour comprendre notre représentation du temps, il faut bien garder à l’esprit qu’il s’agit d’un système purement arbitraire. et que rien ne peut être déduit de la simple observation.

Dès leur plus jeune âge, au contact de leurs parents (et même in utero), les enfants reçoivent au quotidien des stimulations, dont les premières sont auditives. Ils acquièrent par les sons une notion initiale du temps. Jusqu’à 4 ans, les enfants vivent le temps, mais ne le pensent pas. Le temps est action. La mémoire des durées est inexistante. Chacun dispose d’une horloge interne demandant de l’attention pour fonctionner correctement. À 8 ans, l’idée de temps a atteint un niveau suffisamment abstrait pour être utilisée dans la plupart des situations. Toutefois, il faut attendre 11 ans pour que les enfants songent spontanément au temps. L’ordre (comme la durée) des activités quotidiennes, avec leurs régularités, fournissent des repères qui aident à en bâtir les premières représentations. Aux outils de mesure du temps (montre, calendrier…) s’adjoignent la mémoire, et une culture, (ou mémoire collective) qui s’appuie en premier lieu sur le langage (audition – verbalisation), puis sur l’image avec les sollicitations visuelles provoquées par le mouvement. Ces ressources réclament de l’attention pour être efficientes. La capacité de concentration, clé de l’apprentissage, varie en fonction d’un grand nombre de paramètres, comme la disponibilité, la fatigue, l’éducation, l’environnement…

Les premières difficultés liées à la perception du temps interviennent au niveau de cette capacité de concentration. Nos sociétés hyper-connectées nous sollicitent en permanence, et très souvent à notre insu. Notre mémoire rejette l’information d’autant plus facilement que le flux est abondant. Le cerveau se protège, et paresse ou manque de temps justifient l’emploi des mémoires “annexes” que représentent les écrits et plus récemment tous les outils électroniques à mémoire.

La mémoire humaine tend à se fossiliser : lorsque des informations en contrarient de plus anciennes, ces dernières passent à la trappe.

  • Par exemple la reconnaissance du nucléaire comme une énergie verte, au plan européen, tend à faire disparaitre les alertes mémorielles constituées par les catastrophes de Tchernobyl ou de Fukushima, chez les adultes assez âgés pour en avoir conservé un souvenir.
  • Autre exemple, l’élaboration d’une opinion personnelle obéit à la même paresse mémorielle, en ne prenant le plus souvent en compte que les messages les plus récents ou les plus violents.

L’apparition d’une rupture entre les générations, sous l’effet d’une scolarisation qui s’effectue à l’écart de la vie familiale, tend à supprimer la perception du temps qui passe héritée des aïeux. La transmission des savoirs s’effectue moins de parent à enfant que d’enseignant à élève. Les parents ne disent plus de quoi demain sera fait, quand bien même cette vision serait discutable. Chaque génération ne lègue plus à la suivante un héritage que, certes, nul ne peut prévoir à l’avance, et ne fait plus confiance à la natalité, le miracle qui sauve le monde. Pour autant, les jeunes générations portent en elles une créativité qui les rend capables de répondre aux défis de l’avenir. 

Enfin, le “temps long”, à l’échelle du million d’années, influe aussi sur notre quotidien dès le plus jeune âge. Tous les êtres vivant sur la planète sont intimement liés par ce même phénomène, la vie. Des chercheurs ont mis en évidence la corrélation entre l’empathie (capacité de chacun à comprendre les émotions) et la proximité évolutive. Les insectes bien plus éloignés (800 millions d’années) de l’homme, suscitent moins d’intérêt et d’émotion que les mammifères (distants de 90 millions d’années). 

L’émotion suscitée par le hérisson écrasé sur la route est plus vive que celle suscitée par les insectes collés sur les pare-brise…

Prenons le temps d’y réfléchir, et de nous faire notre opinion, pour apprécier le temps qui passe…

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