Mot banal aujourd’hui, l’emprise est en droit administratif une forme d’atteinte à la propriété. Une construction assure une emprise durable sur le terrain qui la supporte. Une collectivité peut par l’expropriation assurer son emprise sur des propriétés privées.
Comme dans le mot “entreprise”, c’est l’idée de prise qui saisit. Ses synonymes peuvent aider à rendre au mot toute sa force : appropriation, ascendant, asservissement, assujettissement, autorité, dictature, domination, empiètement, empire, influence, joug, pouvoir, pression, oppression, servitude, subordination, sujétion, supériorité, usurpation.
La prise peut être physique, et si l’esclavage est considéré aujourd’hui comme indigne et inadmissible, Aristote n’en a pas moins dit que l’esclave est un outil animé. Rome a assuré sa puissance grâce à cette pratique, et au fil des siècles l’Afrique a apporté un tribut humain estimé à près de quarante millions de personnes, entre la traite orientale, la traite intra-africaine et la traite atlantique. Cette emprise était assurée par la force, les prises militaires fournissant des prisonniers de guerre, mais aussi par l’économie, la demande justifiant le commerce des humains, l’esclave étant reconnu comme un bien. Si cette oppression est aujourd’hui relativement bien documentée, elle ne doit pas occulter l’esclavage interne constitué par l’emprise des familles sur les plus faibles (femmes et enfants), les plus pauvres étant traditionnellement incités à vendre leur progéniture pour payer leurs dettes, par exemple. La survivance de castes autorise encore aux plus riches l’usage domestique de femmes et d’enfants issus de castes inférieures, sans contrepartie éducative ou financière.
À la domination physique s’ajoute de longue date l’emprise psychologique. En France, les violences psychologiques sont considérées depuis peu (2010) comme des atteintes aux droits des personnes, et beaucoup restent complètement invisibles, donc impunies.
Emprises conjugales ou parentales sont assez puissantes pour rester cachées, mais ce sont des formes d’esclavage à part entière, qui transparaissent au fil des faits divers, lorsqu’un drame les révèle. Plus pernicieusement, la sujétion peut être religieuse, sectaire ou politique, partout où le pouvoir s’exerce. Car l’expérience du pouvoir change l’individu. L’emprise est alors intérieure. Le sentiment de puissance amoindrit l’empathie, modifie la personnalité ; on parle alors de syndrome d’hubris.
“Que quiconque qui possède le pouvoir ait tendance à en abuser est une vérité éternelle.”
Montesquieu préconise, dans L’Esprit des Lois, comme solution à ce problème « éternel », la division du pouvoir. Une part de son exercice doit donc revenir à chacun. L’élection de représentants ne répond qu’imparfaitement au besoin de l’exercer, car les moyens de communication actuels affaiblissent d’autant cette délégation de pouvoir.
Chacun doit donc s’exercer à son emploi, ce qui ne va pas sans apprentissage.
Seule une éducation basée sur le respect pourra lever les problèmes sociaux liés aux emprises.