Dose

“Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose fait qu’une chose n’est pas poison” Paracelse.

Si le truculent auteur de cette citation est aujourd’hui encore controversé dans la sphère scientifique, il est néanmoins reconnu comme pionnier de la chimie et de la médecine moderne. Il a, de fait, repéré que la présence de plomb dans l’eau potable est en lien avec le goître, maladie très répandue au Moyen-Âge, ou que le mercure peut guérir (la syphilis) ou tuer, selon la dose ingérée. De ces constats, mainte fois réitérés, découle une relation entre la quantité administrée et ses effets. 

À peu près trois siècles plus tard, un autre médecin itinérant, Samuel Hahnemann, suivant probablement la même idée, explore la piste des dilutions infinitésimales, suivant le précepte que si tout est poison, tout peut guérir… Il met au point l’homéopathie, sur l’idée que plus la dose est faible, et plus l’effet est, sinon bénéfique, au moins différent.

À la fin du XIXème siècle, les travaux d’un pharmacien et d’un médecin, tous deux allemands, donnent la “loi de Schulz-Arndt”, qui fut un temps mise au ban de la Science, sous le prétexte que l’un de ses fondateurs était homéopathe. Des travaux plus récents mettent néanmoins en évidence le principe d’hormèse, qui valide scientifiquement cette loi. La réponse d’un organisme vivant au contact d’un produit varie en fonction de la dose. Il s’agit d’une réponse adaptative, connue de Mithridate, qui varie effectivement en fonction de la dose, mais pas toujours de façon linéaire, comme on l’avait cru jusque là. Certains produits peuvent être plus toxiques à faible dose qu’à des doses fortes.

Ce mécanisme biologique a des conséquences dans tous les domaines, et chaque spécialité chimique doit être testée pour déterminer quelle est sa courbe de réponse en fonction de la dose employée. Il apparait que la perméthrine, insecticide classé comme “essentiel” par l’O.M.S., peut stimuler la fécondité des insectes, lorsqu’ils y sont exposés à de faibles doses. Ainsi de nombreuses molécules “actives” sont employées sans encore connaitre quel est leur effet à travers le principe d’hormèse.  Le cadmium, dont on connait la toxicité depuis longtemps (équivalente à cette du plomb) se révèle tout aussi gênant à des dilutions voisines de celles pratiquées en homéopathie. Les propriétés de ce métal, rare sur notre planète, en font cependant un élément naturel très utilisé dans l’industrie, et particulièrement dans la fabrication des piles et des batteries, contribuant à le disséminer de façon anarchique. Non seulement le cadmium se concentre dès le départ de la chaîne alimentaire, dans les algues, mais il a un effet avéré et contradictoire (courbe dite “non monotone”) sur la production des œstrogènes (hormones sexuelles femelles).

Beaucoup de produits chimiques employés dans l’industrie se révèlent posséder des propriétés très variables selon la dose, sur les organismes vivants qui y sont exposés. Une liste de plus de 900 produits serait d’ores et déjà étudiée, mais elle pourrait être beaucoup plus longue.

Les perturbateurs endocriniens risquent de perturber gravement l’économie : la plus grande prudence s’impose !

Au nom de la Science, il était bien plus urgent de dé-rembourser les spécialités homéopathiques…

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