Transmission

Les mots transmettent des faits, racontent des histoires, permettent de partager des idées. La page d’accueil énonce clairement la vocation de ce site : réfléchir par soi-même.  L’exercice est toutefois fatigant. 

Un texte n’est pas une simple équation avec un fil logique. Il est plus facile de comprendre : A + B = C donc A = C – B plutôt que : « le premier ajouté au deuxième est égal au troisième, donc le premier est égal au troisième dont on a ôté de deuxième. » À moins qu’un joli diagramme ne nous évoque quelque souvenir de géométrie.

L’outil mathématique est essentiel au développement de toutes les Sciences, mais on ne l’emploie pas dans la conversation courante.

Le grand succès des sites de conversation courante, encore appelés “réseaux sociaux”, tient dans ce que plus on s’y exprime fort, plus on a de chances d’être entendu. Ceux qui parlent fort ne donnent-ils pas l’impression d’avoir toujours raison ? Ces lieux ne sont pas adaptés à la nuance, à la vérification, et encore moins à la réflexion. N’est-il pas plus facile de suivre celui qui parle le plus fort ? Ou bien de croire tout ceux qui parlent au nom de la Science ? À moins que l’on se laisse prendre par la magie du verbe…  Athènes, et Rome ont régné sur le bassin méditerranéen par la puissance du verbe, et les mathématiciens antiques n’ont jamais connu le prestige des philosophes et des tribuns.

Nous disposons d’extraordinaires moyens de communication, qui nous permettent de transmettre, instantanément si nous le désirons,  tout ce qui nous passe par la tête. Ce n’est cependant pas suffisant pour susciter la curiosité, réveiller l’esprit critique, donner envie de vérifier, de compléter, de rechercher, en un mot de réfléchir en toute liberté.

Il ne suffit pas de crier plus fort que l’autre pour se faire entendre.  La cacophonie inhibe la réflexion, génère la lassitude et tue le meilleur de chacun. 

La démocratie est devenu cacophonique, car elle n’a pas su transmettre au citoyen le goût de la réflexion. Pour perdurer, elle le “soulage” de la responsabilité de penser  par lui-même. Les systèmes totalitaires font de nouveau florès… 

Umberto Eco a prononcé en avril 1995 à l’université Columbia de New-York un discours à l’occasion du 50ème anniversaire de la libération de l’Europe. Il y transmet, à partir de son expérience personnelle, puisqu’il avait 10 ans en 1942, comment démasquer le fascisme. Ce texte est publié deux ans plus tard sous la forme d’un petit livre d’une cinquantaine de pages (“Cinq leçons de morale”).

Il est repris et édité  vingt ans après chez Grasset sous le titre “ Reconnaître le fascisme”. D’une terrible actualité !

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