Traduire

Pour voyager loin, les savoirs exprimés dans un langage doivent être traduits. Dans certains domaines scientifiques, UN langage s’est souvent imposé pour permettre cette circulation internationale des savoirs : par exemple le latin pour définir les noms des plantes, même si les noms vernaculaires restent nécessaires.

Les mathématiques sont un autre langage, qui s’est taillé très tôt la part du lion dans les sciences exactes (astronomie, physique…). Archimède a développé les méthodes de calcul des courbes (lignes, surfaces ou volumes) à partir de démonstrations géométriques.  Sa maîtrise des abstractions par itération lui a permis de concevoir l’infini, même si le symbole ∞ a été inventé bien plus tard. 

L’infini est un élément clé de la culture occidentale. Il est à la base des tentatives de rationalisation des théologies chrétiennes, dès leur origine, et le socle de toutes les philosophies médiévales. Au XIXème siècle, ce concept participe au développement scientifique et à l’élargissement du langage mathématique. Aujourd’hui, l’infini s’allie à la puissance de calcul des probabilités et de l’informatique pour rationaliser les sciences humaines.

Le système binaire est un langage qui n’emploie que deux signes pour traduire toute information, quelle qu’elle soit. Le numérique est une extension de la parole, un rouage essentiel dans la communication entre les êtres vivants.

La diversité des langages du vivant pose d’emblée le niveau de difficulté à tenter le passage de l’un à l’autre. Or la traduction existe. Depuis ses débuts la Vie s’ingénie à trouver des techniques de transmission des connaissances. 

L’humain communique avec ses semblables, dépassant les obstacles des langues et des cultures, et entretient le lien avec d’autres formes de vie, décryptant le chant des oiseaux, comme celui des baleines, pourvu que son environnement ne soit pas trop bruyant.

Pour le philosophe, la traduction est un moyen privilégié d’étudier les liens entre langage et pensée.

“… c’est ce deuil de la traduction absolue qui fait le bonheur de traduire. Le bonheur de tra­duire est un gain lorsque, attaché à la perte de l’absolu langagier, il accepte l’écart entre l’adé­quation et l’équivalence, l’équivalence sans adéquation. Là est son bonheur. Paul Ricœur – Sur la traduction – Bayard 2004 – p.19”

Plus de cent millions de livres ont été publiés. Un million supplémentaire paraît chaque année. Le livre numérique s’associe aujourd’hui au livre papier pour diffuser la connaissance. L’UNESCO publie un index des ouvrages les plus traduits. L’intérêt n’est pas tant dans la détermination du “podium” (tiercé gagnant des livres les plus traduits) que dans la démonstration de l’énergie consacrée à aller vers l’autre, que ce soit pour donner ou pour recevoir.

Comme le souligne Paul Ricœur, il existe un véritable bonheur à traduire. Et ce bonheur tient dans le sentiment d’exister par la symbiose acquise avec le texte à traduire, donc avec son auteur.

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