Économie de marché

Allons au (super)marché ! Nous y trouvons des producteurs ou des commerçants qui vendent des produits à des prix plus ou moins différents. Face à eux, les clients potentiels déterminent “librement” leurs achats en fonction de leurs besoins (présents et à venir), des prix affichés, de la qualité avérée (labels) ou supposée. La confrontation entre l’offre des commerçants et la demande des clients régule le marché. Si personne n’achète plus un produit donné, en raison de son prix ou de sa qualité par exemple, le prix doit d’abord baisser jusqu’à ce qu’il ne soit plus rentable de le produire. Il doit donc disparaître. On dit que le marché obéit à la loi de l’offre et de la demande.

Or dans la réalité d’une économie mondialisée, ça ne fonctionne pas aussi simplement.

De nombreux évènements peuvent survenir entre le lieu et le moment où un produit est élaboré, et le lieu et le moment où le client l’achète. Un nombre incroyable d’intermédiaires se sont intercalés entre le producteur et le consommateur, ce qui rend la gestion du marché plus difficile. Les plus importants ne sont pas les entreprises de transport ou de stockage, ni les conditionneurs (qui emballent), ni les commerçants (petits ou grands). Les intermédiaires les plus importants sont les États, quelle que soit leur économie et la couleur politique des partis qui les dirigent. Pour toutes les (bonnes ou mauvaises) raisons imaginables, ils interviennent directement ou indirectement sur les marchés. – Les interventions directes sont les aides à leurs producteurs (pour les aider à améliorer leur compétitivité par exemple). Ce sont aussi tous les règlements, douaniers, sanitaires ou autres… – Les accords économiques et politiques avec des pays partenaires, voisins ou alliés, font partie des interventions indirectes des États dans la régulation des marchés.

Mais des grains de sable, parfois très gros, peuvent aussi mettre la pagaille… Qu’une guerre se déclare entre deux pays, quelque part sur la planète, et les prix de l’énergie, condition essentielle aux transports dans une économie mondialisée, flambent et se font sentir directement sur les prix de vente des produits. Les États sont alors très tentés de renforcer leur contrôle, avec de nouveaux règlements, de nouvelles aides aux producteurs, ou (plus ou moins directement) aux consommateurs, et « d’oublier »oublient » l’offre et de la demande…

Le président des français, champion de l’économie de marché, qui prêchait pour la privatisation de la principale entreprise de production d’électricité de son pays, lui dicte aujourd’hui son prix de vente, en dépit des intérêts de l’entreprise. Or EDF obéit de fait aux lois de l’économie de marché, et ne peut se permettre de vendre à ses clients le kWh à un prix inférieur à ce qu’il lui coûte… Or, surprise, le coût d’entretien des centrales nucléaires n’est pas négligeable, et celui de leur démantèlement a été très largement sous-estimé. La déconstruction du réacteur Chooz A, entamée en 2007, n’est toujours pas terminée… Onze autres sont en cours ! EDF accumule donc les dettes, ce qui rend illusoire sa privatisation ; les citoyens français seuls devront la régler, un jour ou l’autre… 

Lesquels citoyens sont aujourd’hui enjoints d’économiser la ressource électrique, et menacés de rationnement à l’entrée de l’hiver. Des perspectives qui influent directement sur leur comportement d’acheteurs, jouant sur la peur, et provoquent des dysfonctionnements dans le marché des combustibles, particulièrement celui du granulé de bois, réputé jusqu’à présent peu onéreux.

Voilà mise en lumière l’autre clé de l’économie de marché, qui se révèle donc réagir à la peur, mais aussi à toutes les émotions que les techniques de marketing peuvent susciter à travers la publicité et l’information en général.

Nos dirigeants ont bien appris l’économie (de marché), mais pas la psychologie…

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