Caractère

Le premier sens du caractère, c’est le signe gravé ou écrit, qui permet de transmettre informations, savoirs, émotions…

Les langages des hommes se sont développés et codifiés à l’aide de signes logographiques qui permettent de traduire les sons particuliers aux idiomes, systèmes cohérents d’expression de la pensée propres à une communauté. Au fil du temps, ces signes se sont codifiés et simplifiés. L’alphabet grec, qui est à l’origine des alphabets européens modernes, est lui-même la synthèse de différents syllabaires antiques employés dans le bassin méditerranéen et en Asie Mineure. L’alphabet latin, issu du précédent, dont il reprend la distinction entre consonnes et voyelles, devient bicaméral, distinguant des caractères minuscules et majuscules, et s’impose d’abord en Europe, puis aux Amériques, en Afrique et en Océanie par le truchement des conquêtes coloniales occidentales, et des mouvements économiques, religieux (catholiques et protestants) et culturels qui les ont accompagnées. Le système d’écriture le plus ancien est toujours bien vivant, à travers les idéogrammes chinois (sinogrammes) traditionnels qui se sont stylisés, et sont employés à Taiwan, Hong-Kong et Macao, alors que le chinois simplifié s’est imposé avec la révolution culturelle en Chine, puis en Malaisie et à Singapour. Ces caractères logographiques (hànzi) se sont adaptés au Japon pour former les kanji, les hanja en Corée et de nombreux systèmes graphiques dérivés pour d’autres peuples voisins. Troisième groupe important, l’alphabet cyrillique est le plus récent (Xème siècle). Fruit du travail du moine Constantin Cyrille et de ses disciples, le berceau de sa naissance se situe dans la grande Bulgarie de cette époque, et ses 30 caractères font une synthèse entre le grec ancien et les langues slaves. C’est le vecteur de la religion orthodoxe. Il essaime avec elle et s’adapte aux pays évangélisés pour codifier le bulgare, l’ukrainien, le russe. Le régime soviétique a imposé le cyrillique dans d’autres langues comme le mongol, l’ouzbek, l’ossète ou le kazakh…

L’informatique s’est adaptée à tous ces caractères en proposant des polices d’écriture pour chaque langue, avec des modèles soigneusement répertoriés faisant office de preuve, à l’image du livre de police en matière de droit. Elle projette la mise en place de fontes unicodes permettant de regrouper plusieurs langues dans la même police.

Toutes les matières scientifiques ont mis en place des glyphes précis, propres à chacune d’elles. Les mathématiques emploient des chiffres arabes, d’origine indienne,  l’astronomie emploie des symboles grecs antiques pour désigner astres, planètes et galaxies,  la chimie intègre les symboles de la table de Mendeleev (fin XIXème siècle) pour classer tous les éléments selon leur numéro atomique et leur formule électronique. Le botaniste Linné a imposé l’emploi du latin dans sa spécialité.

Les polices de caractère sont donc le réceptacle des façons de penser, d’exprimer, de croire et de vivre de celui qui les emploie pour écrire. Celui qui peut les lire les a appris, et leur pratique lui permet de s’imprégner plus ou moins intuitivement des formes de pensée de l’auteur. L’emploi d’une police d’écriture particulière n’est jamais anodine : elle révèle une intention. Ce peut être une certaine harmonie, avec par exemple “Helvetica”, ou indiquer une référence, comme “Times new roman” créée pour le quotidien anglais. “Arial” est un clone de Helvetica, créé comme signature par l’entreprise Microsoft sur ses machines.

Tous les textes de ce site sont en “Garamond”, une grande famille qui couvre pratiquement toute l’histoire de l’imprimerie. Cette police est un modèle de référence pour certaines maisons d’édition de prestige, souvent choisie pour son élégante finesse et peut-être sa sobriété, car son emploi économiserait les encres.

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