Français

C’est ma langue “maternelle”, car la première que j’ai entendue, dans le ventre de ma mère. Dans les premières années de ma vie, les sons de cette langue se sont trouvés enrichis et modulés au gré des conversations des personnes qui m’entouraient. 

Des nuances ont enrichi les expressions qui ont imprégné ma petite enfance, et tissé une trame solide sur laquelle les apprentissages, et plus tard les lectures, se sont solidement accrochées.

Au fil du temps, il a fallu affiner la pratique de cette langue pour intégrer les modulations des accents régionaux : tous les membres de ma famille ne sont pas issus de la même région française, et certains même ont eu l’audace de traverser la Manche ! 

Il est vite apparu que les personnes âgées ne s’exprimaient pas de la même façon que les plus jeunes. Si l’école a normalisé la langue, grâce aux instituteurs tous formés à “l’École Normale”, au fil du temps le français évolue, et la façon d’écrire ou de parler reflète parfaitement l’âge de celui qui s’exprime. 

Chacun interprète à sa façon la musique du langage, et contribue à l’enrichir insensiblement au gré des modes, des langues étrangères, des coutumes de son groupe social ou professionnel, pourvu que la nouveauté fasse consensus.

Là est le cœur de la dynamique d’une langue, d’un dialecte, d’un créole ou d’un sabir : dans le consensus, dans la validation par un premier groupe de personnes qui va décider d’en user, puis d’un autre, jusqu’à interpeler les beaux messieurs qui rédigent les dictionnaires. Ces derniers ne font en effet que prendre acte de l’existence d’un mot nouveau, ou du sens inédit d’un vocable préexistant. 

À l’origine, le français provient d’une interprétation multiple, selon les régions, du bas latin, qui s’est très lentement normalisé, comme en témoignent les Serments de Strasbourg (842) ou encore l’Édit de Villers-Cotterêts (1539). Le français est l’expression politique d’une volonté d’uniformisation d’un territoire, parfaitement servi par 150 ans de scolarité obligatoire.

La récente inauguration de la Cité Internationale de la Langue Française, au château de Villers-Cotterêts, ou encore l’obligation faite aux migrants d’acquérir la maîtrise de la langue pour rester en France, sont les marqueurs politiques les plus récents qui tentent de s’opposer au mouvement inverse du développement des dialectes régionaux qui réclament une reconnaissance politique (basque, catalan, corse, occitan, provençal…).

Les technologies de communication permettent de diffuser plus largement et instantanément des expressions qui pourront peut-être faire florès si un consensus se fait autour de leur emploi, à moins qu’ils ne retombent aussi vite dans les limbes.

Le français est à nous !

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