L’échec des pros

Le professionnalisme est devenu une obligation dans beaucoup d’activités humaines. Les métiers techniques se sont fragmentés, et les tâches répétitives sont confiées aux robots. Leur programmation, leur surveillance et leur maintenance demandent de nombreuses compétences, qu’il faut apprendre et entretenir.

Il est néanmoins un secteur d’activité dans lequel la compétence professionnelle est aujourd’hui battue en brèche, c’est celui de la politique.

Le dernier Président de la République Française a été élu pour ses compétences dans de nombreux domaines techniques comme l’économie et la finance, la didactique ou la réthorique…

Il apparait aujourd’hui que la charge présidentielle, et de façon plus générale la représentation d’une population, n’est pas un “métier”. Or, pratiquement tous nos représentants, nos “hommes politiques”, sont aujourd’hui des professionnels, qui ont suivi des parcours d’apprentissage bien balisés ne passant pratiquement plus par le militantisme de base. La plupart de ceux qui s’encartent dans un parti ne font que cotiser pour espérer faire entendre leur voix, auprès de leurs représentants, qu’ils choisissent pour leur professionnalisme. Le Rassemblement National a suivi le mouvement et voit désormais apparaitre à sa tête des profils identiques aux professionnels des autres partis, toutes tendances confondues. Il ne séduit pas pour ses idées, car il n’en a pas (de nouvelles). C’est simplement le dernier à entrer en lice dans l’arène des professionnels de la politique… Il est “nouveau”, et comme un nouveau produit, on veut l’essayer ! Peut-être celui-là lavera-t-il plus blanc…

Le problème qui apparait derrière l’émergence de l’extrême droite, c’est le rétrécissement idéologique et intellectuel de la Politique. Quel que soit leur parti, les professionnels de la politique pensent et disent tous à peu près la même chose. Ils sont formatés et prisonniers de l’urgence, du conflit et du stress. La totalité de leur emploi du temps est occupée par la nécessité de se “montrer”, de prouver qu’ils sont “là” au bon moment pour “faire” (dire !) ce qu’il faut, partout ! Leurs capacités de réflexion et de projection se trouvent le plus souvent déléguées à des collaborateurs ou à des cabinets eux-mêmes choisis pour leur professionnalisme… Tout ce petit monde se retrouve prisonnier des médias, eux-mêmes braqués sur le présent, la sacro-sainte actualité…

Trouveront-t-ils des solutions originales aux problèmes de fond qui apparaissent de plus en plus anxiogènes, alors qu’ils ont le nez collé aux caméras ?

Évidemment non !

La seule solution est de dé-professionnaliser la politique ; nous pourrons voir ainsi émerger de vraies idées nouvelles, et des profils hors du commun pour les porter.

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