Débriefing

Voilà un mot qui fit flores chez les militaires, de langue anglaise – vous l’aviez pressenti – avant de coloniser les sociétés civiles de tous les continents. Tous les sauveteurs, toutes les équipes de secours sont rompus à cette pratique, et plus largement tous les groupes de personnes qui viennent de vivre une expérience traumatisante.

Les principes du débriefing sont connus ; on regroupe aussitôt que possible toutes les personnes qui se trouvaient en même temps en un même lieu, et qui ont vécu le même traumatisme. Son sens s’est toutefois sensiblement modifié avec l’extension de son usage ; aujourd’hui un débriefing est une réunion à l’occasion de laquelle on fait le point, le bilan d’une action, d’un projet. Et l’on parle de plutôt  de “defusing” pour gérer les conséquences émotionnelles des catastrophes et des traumatismes collectifs. Il s’agit de “désamorcer” des hommes avant qu’ils ne rentrent chez eux, tout comme on désamorcerait une bombe avant qu’elle n’explose…

La réunion est menée par une personne compétente (psychologue), qui va d’abord donner l’occasion à chaque personne concernée de raconter ce qu’il a vécu, de son point de vue.

  • La première narration des seuls faits permet de collecter toutes les informations et de les croiser entre elles. 
  • Les témoins sont ensuite invités à reprendre la parole pour livrer les pensées qui les ont traversés durant l’évènement, ou juste après. 
  • Un troisième tour de parole permet d’exprimer les réactions, les émotions qu’ils ont associées à l’évènement. 
  • Enfin les participants sont invités à partager leurs symptômes de stress. 

Le conducteur du groupe peut alors donner les informations qui démontreront la normalité des réactions décrites, et les stratégies permettant d’y faire face.

Ces étapes successives permettent aux participants de sortir au plus tôt du traumatisme, en se focalisant d’abord sur les faits, puis sur leurs pensées avant d’examiner leurs émotions et leurs conséquences. 

Ainsi se fait la prise de distance avec le traumatisme. 

Ainsi les faits se trouvent plus facilement établis, et séparés des pensées et des émotions. 

Ainsi l’esprit humain comprend-il et accepte-t-il plus facilement ce qu’il a vécu.

À la lumière de ces explications, examinons la façon dont les médias télévisuels traitent et livrent l’information à leurs spectateurs.

Le professionnel qui mène le jeu est le journaliste, visible ou invisible, qui a cherché – choisi – des témoins ou des acteurs de l’évènement, de l’accident, de la catastrophe qu’il s’agit de “couvrir”. Or, pour des raisons le plus souvent d’ordre technique, le temps imparti est limité : le temps d’antenne coûte cher ! Le témoin idéal n’aura pas la possibilité de suivre la procédure du débriefing (faits, pensées, émotions et états de leur stress). Il n’aura d’autre choix que de se confier “en vrac”, avec une sincérité particulièrement appréciée par le futur (télé)spectateur, qui pourra d’autant mieux se projeter dans l’évènement en question.

Ce n’est pas tant le sensationnel qui plaît, que la pulsion émotionnelle qui l’accompagne, et le vécu par procuration !

Les médias télévisuels et les réseaux sociaux l’ont bien compris : pour plaire, pour séduire, pour convaincre, il suffit de surfer sur l’émotion. Peur ou colère, joie ou tristesse, admiration ou répulsion, étonnement ou méfiance, toutes les émotions sont susceptibles de plaire et de convaincre.

Les hommes politiques ne sont pas les derniers à en (ab)user…

La période est idéale pour en trouver mille exemples !

Un petit defusing avant l’isoloir serait utile pour bien des électeurs français…

Laisser un commentaire