Maturité

“Émile, ou De L’Éducation” de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762, est très rapidement condamné par les autorités civiles et religieuses de l’époque. Pourtant, aujourd’hui encore, cet ouvrage reste une référence jusqu’au Japon, où l’autorité du développement de l’enfant impose à tous les instituteurs des écoles maternelles la lecture de l’Émile.

L’ouvrage considère l’enfant en tant que tel, partant du principe que “tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme.” Il s’agit donc de tenter de préserver cette perfection naturelle en veillant à ne pas trop la déformer par l’éducation.

Celle-ci passe par le respect de la liberté de l’enfant, un enfant libre ne se soumettant qu’à la nécessité des choses, et non à la volonté des autres. Personne ne saurait lui donner d’ordre, ni ses parents, ni le meilleur tuteur. La liberté étant l’aptitude à obéir à aux règles que l’on s’est fixées soi-même, il s’agit donc de manipuler l’apparence de la nécessité “naturelle”, celle des choses, pour infléchir sa volonté sans créer de ressentiment. On évite ainsi les écueils de la domination directe, qui conduisent à la rébellion, comme de la domination indirecte, qui mènent à la dépendance.

Ignorant à la naissance ce que notre nature nous permettra d’être, l’éducation que nous recevons doit nous donner un avant-goût de la liberté, en n’étant ni l’esclave de nos caprices ou nos désirs, ni l’esclave de la volonté d’autrui. Ainsi nous pouvons maîtriser notre vie en apprenant à projeter, promettre, décider et assumer la responsabilité de nos actes, ainsi que leurs conséquences…

Ainsi s’acquiert la maturité.

Ainsi s’obtient la capacité de trouver le juste équilibre de vie entre ce qui est, la réalité, et ce qui devrait être, l’utopie.

Or, la loi du moindre effort étant, elle aussi, parfaitement naturelle et spontanée, comme un aspect particulier du principe physique d’économie d’énergie (nécessité des choses !), les mieux éduqués ont tendance à laisser les autres penser à leur place, plutôt que de penser par eux-mêmes.

Ainsi les parents peuvent-ils se délester de leur charge éducative sur les enseignants et les éducateurs. Ces derniers ne manqueront pas de se décharger à leur tour sur leurs dirigeants, qui sont payés pour penser à leur place. Quant aux gouvernants, ils préfèrent sans aucun doute des sujets immatures plutôt que des citoyens indépendants et capables de penser par eux-mêmes…

Voilà toute la difficulté des tâches éducatives !

Rousseau lui-même en eût conscience, qui confia à l’orphelinat les cinq enfants qu’il procréa… Pour autant, ne nous décourageons pas et tâchons à éduquer du mieux que nous pouvons, car nos enfants auront la lourde charge de soigner le monde, ce que nous n’avons pas su faire.

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