Sport spectacle

Le corps humain dans l’effort a toujours fait l’objet d’un traitement médiatique particulier. Depuis la statuaire gréco-romaine, et la démocratisation des jeux du cirque, les pouvoirs politiques en place n’ont cessé de communiquer par la mise en scène sportive. Au siècle des Lumières, l’opinion se forgeait au fil des conversations des salons des grandes capitales européennes. Quand la presse écrite bénéficie des progrès techniques du XIXème siècle, les journaux génèrent des publics, qui deviendront au XXème des auditeurs, puis des téléspectateurs. Serge Moscovici emploie la notion de “masse” pour qualifier tous les médias qui permettent de s’adresser en direct aux foules. Le modèle de diffusion de l’information par l’Internet en est l’aboutissement.

Les sports, en tant que phénomènes sociaux sont parmi les premiers à s’engager dans la communication par les médias de masse, avec le football, puis les sports d’équipe. Cet usage n’est cependant pas sans conséquences ; les médias influencent le sport au point de le transformer de façon profonde. Dans le contexte de libre concurrence qui règne dans les médias comme ailleurs, le poids de l’audience joue une rôle essentiel. Plus il y a d’audience, plus l’argent afflue, de façon directe (vente de places de stade, de journaux, etc…) et indirecte (publicité). Personne n’est surpris par des choix éditoriaux qui privilégient la violence, dans le sport comme ailleurs, et en dépit de codes éthiques fondés sur le respect des personnes, ou de codes d’honneur propres à chaque discipline… Un seul exemple suffira pour preuve : la médiatisation du coup de tête de Zidane qui, après 25 ans, fait toujours référence… Est-ce vraiment une référence au plan sportif ? La pression des médias peut être plus insidieuse, à travers un traitement numérique qui retire à la performance sportive tout ou partie de sa réalité. On parle alors de “théatralisation”, dont les meilleurs exemples sont des œuvres cinématographiques nombreuses, qui prennent le sport pour thème, sans pour autant en respecter la véracité, le respect de la personne humaine ou animale. Cette prise de distance avec la réalité sportive est en tant que telle une forme de violence. Enfin, la mondialisation des évènements tend à standardiser les émotions à travers les biais, volontaires ou non, des organisateurs de spectacles sportifs. Un exemple encore, celui de la gymnaste artistique américaine Simone Biles.

Le sport d’aujourd’hui est donc bien vecteur d’une violence qui se déploie à bas bruit pour mieux manipuler les spectateurs autant que les sportifs, laissant affleurer une violence institutionnelle toujours plus forte pour maintenir un niveau de sécurité “raisonnable”.

Mais de quelle raison parle-t-on alors ?

Un commentaire sur “Sport spectacle

Laisser un commentaire