La solidarité n’appartient pas seulement au genre humain. L’observation attentive du vivant permet de la retrouver dans l’intelligence collective dont font preuve les insectes sociaux, dans l’organisation de mouvements migratoires très codifiés chez les poissons, les oiseaux ou les mammifères, ou encore dans les techniques collectives de chasse, tout aussi répandues dans le monde animal.
L’instinct solidaire aurait-il disparu chez les humains qu’il suffirait donc d’observer la créativité du Vivant pour la leur inspirer sans délai.
Mais telle n’est pas la situation, malgré les coups de boutoir portés par le développement effréné de l’individualisme et de la prédation chez l’humain “moderne”.
Les catastrophes naturelles génèrent par exemple des mouvements solidaires spontanés pour aider rapidement les populations sinistrées. Le manque d’efficacité de ces élans instinctifs se trouve le plus souvent rapidement comblé par la mise en place d’organisations structurées et réactives qui peuvent s’étoffer pour perdurer, ou disparaitre, selon les synergies révélées par les actions entreprises.
Sur une autre échelle, le mouvement associatif s’est, depuis les années 90, largement saisi, dans tous les secteurs, des besoins croissants en matière de nutrition (Les Restos du Cœur…), de logement, d’éducation ou de “Culture” dans son sens le plus large.
Sur le plan politique enfin, à peu près tous les mouvements, en dehors de ceux d’extrême droite, se nourrissent de solidarité.
À titre d’exemple le Solidarisme est une philosophie politique d’essence républicaine, qui va initier tous les courants mutualistes et coopératifs français du XIXème siècle, et largement inspirer la vie politique française du XXème.
La solidarité devient un droit “garanti » par l’État, dans la fonction de redistribution par l’impôt sur le revenu (1914), dans les domaines de la santé (Sécurité Sociale 1945), de l’éducation (instruction obligatoire 1882), ou de la sécurité (service militaire pour tous les hommes 1905).
Certes ce mouvement de fond s’est vu érodé et mis à mal par les impératifs économiques de rentabilité du monde financier, mais il reste essentiel dans le fonctionnement de toutes les sociétés, quel que soit leur niveau de développement.
Ainsi nos gouvernants ont-ils juxtaposé sans état d’âme les vocables “Économie”, “Social” et “Solidaire”, l’ESS, qui colonise lentement le monde politique français, quelle que soit sa couleur, surtout à l’échelon local, et un peu moins au plan régional…
Au-delà de l’opportunisme pratiqué dans tous les mouvements idéologiques, la solidarité vraie perdure.