Pour l’auteur de cette chanson écrite en 1967, la misère paraissait moins pénible au soleil. À la veille des “évènements” de 1968, les paroles d’Aznavour révélaient le besoin d’évasion d’une population prisonnière d’un quotidien routinier, contraignant et somme toute bien gris.
Presqu’un demi-siècle plus tard, la ritournelle est toujours d’actualité ;
- les richesses offertes par la société de consommation, fruits exotiques aux étals, épices du monde sur toutes les tables, et de pleins catalogues touristiques n’ont en rien éclairé le quotidien.
- les rêves d’évasion eux-mêmes en ont pris un bon coup, à voir la planète partout souillée, à retrouver aux antipodes les mêmes produits de consommation, à chercher vainement l’aventure dans le voyage organisé et l’amour sur les sites de rencontre…
- plus grave encore, la misère s’est assombrie, avec la multiplication des emplois précaires et mal rémunérés, l’explosion des familles éreintées par les difficultés d’un quotidien devenu toxique pour beaucoup, une santé publique chancelant sous les coups de la malbouffe et des produits pharmaceutiques…
- enfin, in cauda venenum, les pays ensoleillés qui faisaient encore rêver dans les années 70 sont eux aussi atteints par la misère noire des guerres, le pillage des ressources, les pollutions idéologiques et environnementales. C’est au tour de leurs populations de rêver de bombance et de paix ! Comment s’en étonner ? Les richesses amassées en occident leur semblent un eldorado, et de plus en plus nombreux sont ceux qui migrent vers les climats hostiles pour tenter de sauver leur vie. Et quand bien même, eux aussi ont le droit de rêver, et de tenter d’échapper à leur quotidien tout aussi gris malgré le soleil.
Bref, la misère est là, plus que jamais.
Plus question de se dissimuler derrière son doigt !
Les catastrophes “naturelles” ne sont plus l’expression du courroux divin, le monde tel qu’il se présente aujourd’hui n’a plus de sens, plus de justice, plus de perspective susceptible de se projeter vers l’avenir.
Rien qui donne envie de retrousser ses manches pour tenter d’enrayer la déroute.
Le sauve-qui-peut promet d’être à la hauteur !
Chacun pour soi bien sûr…
À moins que ?
Non, la misère n’est pas une fatalité et le soleil n’y peut rien.