Notre cerveau est quelquefois comparé à un ordinateur portable. La métaphore n’est pas tout à fait juste, mais acceptons-la le temps d’une petite démonstration. Notre ordinateur personnel recueille toutes les informations collectées par nos cinq sens, au premier rang desquels la vue, car la vie d’aujourd’hui est saturée d’images ; images publicitaires ou « clichés » et poncifs du quotidien… Mais les oreilles ne sont pas en reste avec les voix, les cris ou les pleurs, et toutes les musiques qui naissent de l’eau qui ruisselle autant que des oiseaux qui passent, sans compter celles des magiciens instrumentistes. Nos repas permettent de tester et de retrouver des milliers de saveurs et d’arômes. Nos peaux enregistrent les subtilités qui auraient échappé aux autres sens.
Et toutes ces informations sont en permanence ou presque traitées, triées, stockées ou éliminées par notre ordinateur personnel. Il se sert d’un nombre plus ou moins important de logiciels, pour assembler, décoder, analyser combiner, résumer…
Ces logiciels peuvent être le produit de l’expérience de chacun, de l’apprentissage, de l’éducation ou de la pression sociale… Mais le plus souvent, c’est le « système » qui gère, comme l’avion en l’air est le plus souvent en pilotage automatique. Notre environnement est saturé d’informations inutiles, nos sens sont exacerbés ou hors service, du fait du manque de sommeil ou de l’effet d’excitants, de calmants… Les filtres fonctionnent autant qu’ils le peuvent, tant qu’ils sont mis à jour. Les pare-feux limitent les embrasements émotifs, jusqu’au moment où l’alarme se déclenche. Et cela arrive souvent, même avec l’antivirus à jour et les cookies bien gérés. Pour monopoliser un peu de notre temps d’attention, les réseaux au milieu desquels nous naviguons usent de tous les artifices pour titiller, et, trop souvent, saturer le système. Nous sommes ainsi plus aisément manipulables, lorsque la peur prend les commandes, ou que la fatigue nous conduit à obéir à la loi du moindre effort, pour économiser l’énergie.
L’entropie ne s’applique pas seulement à la thermodynamique mais aussi à l’information ; elle la désorganise et l’offre aux risques de la manipulation, du simplisme et du bourrage de crâne.
L’ordinateur personnel ne possède alors plus rien de personnel. Il est piraté, commandé par les peurs, les évidences, les mages et les habiles orateurs. Sa logique interne est anéantie, et son propriétaire devient incapable de raisonner par lui-même.
Ainsi quelques hommes se sont accaparés, avec la puissance de leurs milliards de dollars, les ordinateurs personnels de plus de la moitié des citoyens américains, comme par hasard ceux dont le niveau d’éducation est le plus bas.
Comment qualifier aujourd’hui la santé mentale de cette population incapable de se faire sa propre opinion, de penser au delà du (très) court terme ?
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