Qui n’a pas ressenti ce sentiment de culpabilité qui imprègne si fort l’être humain ?
La fréquentation des très jeunes enfants encore vierges de l’empreinte sociale montre qu’ils ne connaissent pas cette inhibition, tant que leurs parents ne leur ont pas transmis la leur. Ils recherchent le contact et l’échange avec l’autre, dans un élan qui prolonge celui qu’ils ont établi et entretiennent avec leurs parents, sans en connaitre encore les codes. Ils cherchent à ouvrir des portes sans savoir quelles sont les bonnes clés. Les relations parentales leur en ont fourni quelques unes, comme le sourire, l’imitation des sons qui leur sont adressés, mais elles s’assortissent vite de codes sociaux complexes, qui commencent par l’identification de ce qui est étranger au milieu familial, et qui peut cacher du danger.
Le petit d’homme naît social ; il a besoin des autres pour grandir, s’élever.
Sa condition d’élève exige cependant l’apprentissage de codes dont l’usage les formate, les pervertit.
Pour faire bref, au fil des générations l’humain s’est libéré du Maître ; il s’est découvert individu libre et, en droit, égal à tous les autres. Il s’est libéré de(s) dieu(x), en rejetant toute coercition spirituelle. Mais il est aujourd’hui sous le charme pervers d’un libéralisme économique qui le tient, par la culpabilité, dans la dépendance sociale.
En simplifiant toujours, l’humain reste coupable de ne pas faire mieux, de ne pas gagner plus (il peut alors s’en remettre au hasard, le dieu des jeux d’argent, l’argent étant le fétiche qui peut tout), de ne pas consommer tel ou tel produit qui le valoriserait aux yeux des autres…
Or on sait aujourd’hui que cette culpabilité est le principal frein au développement des responsabilités individuelles et collectives. Toute la difficulté de l’homme contemporain est de transmettre à la nouvelle génération les moyens de régler les problèmes sociaux et environnementaux qu’il leur lègue. Il ne peut pourtant en faire des responsables – des personnes capables de donner une réponse à un problème -, tant il est entravé par la culpabilité personnelle (peur de se sentir incapable de…) ou par le jugement (rabaisser l’autre pour s’élever soi-même), avec le corollaire de la pléonexie.
Est-ce si difficile de faire société sans culpabilité ?
Deux maximes connues mériteraient qu’on leur prête plus d’attention.
Même si elles ne disent pas comment faire, elles pointent ce qu’il faut à tout prix éviter.
- “Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse”.
- “L’autre n’est pas le moyen d’arriver à vos fins”.