Qui ne connait pas ce jeu ?
Il va servir à illustrer une difficulté majeure du processus d’apprentissage.
Chez l’humain, l’apprentissage des sons – base du langage – a lieu dans les deux premières années de la vie. La langue maternelle est perçue dès la gestation, et se trouve complétée et perfectionnée par l’imitation et la répétition des phonèmes. À deux ans, les bases du langages sont acquises et le cerveau s’est modelé, modifié pour stocker durablement ce savoir, et le perfectionner au fil du temps par l’ajout de mots nouveaux et de sens différents. L’apprentissage s’appuie alors moins sur la répétition que sur la similarité, les correspondances avec le savoir acquis. L’apprentissage de l’écriture vient compléter la connaissance de la langue, avec l’ajout de signes – graphèmes – correspondant aux sons. Ces bases sont essentielles pour l’acquisition et la maîtrise de nouvelles connaissances et le développement de ce qu’on appelle l’intelligence.
L’élan vital des premières années s’efface cependant rapidement, et le cerveau met en place des procédures d’économie d’énergie (il consomme 20 % de l’énergie nécessaire au fonctionnement du corps humain !) qui peuvent justifier cette loi du moindre effort bien connue : la paresse.
Face à l’effort, on s’interroge ; à quoi cela va-t-il (me) servir ? Existe-t-il un raccourci mental pour “simplifier” ? Puis-je en retirer du plaisir ? Le cerveau limbique a repris les commandes.
Or les occasions d’en faire le moins possible pullulent, la spécialisation et les automatismes se mettent en place aisément, qui servent d’ailleurs de base à l’organisation du travail dans les sociétés industrielles… La société dite de “consommation” en a fait son mantra, et à longueur de temps on vous persuade de céder à la facilité… Faites-vous plaisir ! C’est tellement plus facile que de “réfléchir” !
Et c’est là que se place l’illustration, “Jacques a dit…”.
Les injonctions qui suivent “Jacques a dit” sont faciles à suivre et l’on oublie l’importance de cette clé au fil du jeu, jusqu’à ce que le meneur l’omette, ce qui, selon la règle, devrait invalider le nouvel ordre donné… Combien se retrouvent alors piégés par l’automatisme ? Impressionnant, n’est-ce-pas ?
Les derniers mots prononcés ont force loi ; le mental est bien installé dans ses automatismes. Il ne pense plus…
Jacques a dit : réfléchissons !
C’est urgent !
C’est vital…