Naviguer à vue

L’actualité sportive fait des vagues cette semaine : un record pulvérisé par Charlie Dalin… Le tour du monde à la voile en solitaire et sans escale en presque dix jours de moins que le précédent record.

Bien sûr, d’une année sur l’autre la technique progresse, mais d’autres paramètres jouent.

Tu as peut-être entendu Charlie Dalin donner quelques explications. Il s’est d’abord fixé un objectif : participer au Vendée Globe, et tout faire pour gagner. Pour toutes ces grandes courses, la préparation est longue et minutieuse. Il a cherché des partenaires techniques et financiers. Il s’est préparé, sans savoir à l’avance combien de temps il mettrait pour boucler son tour de monde, sans connaître les conditions météo, ni les projets des autres concurrents. Ce travail de préparation s’est fait à partir de son expérience, de celle de ses partenaires, et de celles des concurrents des courses précédentes…

Jusqu’à l’heure du départ, sa méthode a été celle de tout porteur de projet : on réfléchit à toutes les éventualités et l’on embarque des solutions pour répondre aux hypothétiques problèmes qui pourraient se poser une fois parti… Cette organisation de départ doit être d’autant plus fouillée que l’objectif est ambitieux, mais elle est similaire 

  • à celle d’une personne qui n’est pas satisfaite des ses conditions de travail et qui veut en changer,
  • à l’état d’esprit des jeunes couples qui aimeraient mettre un enfant au monde,
  • ou qui veulent “faire construire”,
  • ou encore à ces chefs d’entreprise qui cherchent à se développer en proposant un nouveau produit sur le marché…

Dans tous les cas, quand l’objectif est clairement défini, la première étape de préparation peut être longue, mais la méthode est partout identique, même pour l’organisation des prochaines vacances !

C’est après le “top départ” que Charlie Dalin s’est distingué. Il a adapté sa stratégie lorsqu’en cours de route, il a vu l’un de ses rivaux bien placé pour lui damer le pion. Les options qu’il a alors prises se sont avérées meilleures. Il a su adapter sa route, sa voilure et une météo favorable l’a bien accompagné. Il est cependant formel : c’est la proximité visuelle d’un concurrent, un ami, qui lui a dicté la mise à jour de son plan de course. 

Le jour de ton départ en vacances, si les bouchons asphyxient le réseau autoroutier, tu peux envisager de changer d’itinéraire, si tu ne peux pas différer. C’est là que les capacités d’adaptation sont précieuses ; l’objectif reste le même et l’organisation préalable demeure un socle solide, pourvu qu’au fil du temps, des étapes soient possibles pour coller à la réalité. 

Que ce soit pour l’organisation de ses vacances, ou pour lutter contre le dérèglement climatique, les stratégies doivent, au moment de l’action, pouvoir s’adapter ; non pas faire marche-arrière ou changer d’objectif, mais s’adapter.

Dans une situation d’incertitude qui révèle des risques, des aléas imprévus, la meilleure attitude est de prendre du recul par rapport aux stratégies prédictives, de sortir des hypothèses statistiques initiales, qui ont présidé à l’élaboration du projet.

Ce constat vaut de la même façon pour les dirigeants politiques et les entrepreneurs d’aujourd’hui, qui se trouvent de plus en plus fréquemment en situation d’incertitude, et sont incapables de prendre des décisions, lorsque les stratégies prédictives de leurs services sont prises en défaut. Ils doivent se détacher du « business plan » et apprendre à naviguer de nuit !

Remerciements à l’enseignant-chercheur Dominique Vian, et à “The Conversation” pour leur travail de développement et de vulgarisation, qui a inspiré cet article. 

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