Perspective

Dans la conclusion de ma dernière chronique, publiée ici même vendredi dernier, j’ai évoqué demain. Or personne ne sait de quoi sera fait demain. Et c’est peut-être ce qui pousse des populations entières à prendre des précautions, par des pratiques guerrières ou commerciales très agressives envers leurs voisins… D’accord, cette hypothèse n’engage que moi, mais tu reconnaîtras qu’homo sapiens sapiens déteste particulièrement l’incertitude. Son gros cerveau l’a familiarisé avec la réflexion, l’élaboration d’hypothèses et de projections pour l’aider à définir son avenir. 

J’en veux pour preuve son parcours historique, magistralement résumé par Y. N. Harari, dans son livre “Sapiens”. Sa lecture te donnera plus de détails, mais j’essaie de résumer.

D’abord, ce n’est pas le seul représentant de l’espèce humaine à avoir vécu sur la planète Terre. Une bonne douzaine d’autres a voyagé et prospéré sur à peu près tous les continents, et jusque dans les contrées les plus isolées (qui ne l’ont pas toujours été, lorsque le niveau des mers et des océans a baissé). C’est cependant le dernier représentant : tous les habitants de notre planète sont aujourd’hui des “sapiens”, sans exception.

Est-ce un hasard ? Il s’est durablement installé partout et partout où il s’est installé les autres espèces humaines qui pouvaient préexister ont disparu. C’est une constante dans son histoire. Y. N. Harari propose, dans son dernier ouvrage, “Nexus”, une explication originale à cette “suprématie” de l’homo sapiens : sa faculté à (se) raconter des histoires, des fictions, et à y croire…

À l’heure où il cherche d’autres planètes à coloniser, sapiens constate un effondrement massif, et qui va s’accélérant, des espèces animales et végétales sur celle qui l’a vu naître et prospérer, à cause de l’usage massif des énergies fossiles. Ce n’est pas une fiction.

Un peu plus tôt, il y a à peu près 12 000 ans, la domestication de certains végétaux (blé, riz, maïs…) et animaux (bovins, ovins…) avait assuré sa suprématie grâce à une organisation agricole capable de nourrir une progéniture de plus en plus abondante. Auparavant, homo sapiens s’est hybridé avec des “cousins” lointains, comme l’homme de Néandertal, en Europe de l’ouest, ou ailleurs avec d’autres hommes “archaïques”. Il reste fort peu de traces de ces ancêtres lointains, en dehors de l’ADN de chacun d’entre nous. L’étude du génome humain, moderne et archaïque, permet de mettre à jour le métissage du genre homo. Là non plus, pas de fiction !

Enfin les archéologues, qui grattent un peu partout la surface de notre petite planète, pour y retrouver et étudier les traces laissées par le genre homo dans le passé, sont unanimes à reconnaitre que l’extinction des “mégafaunes” (les plus grosses bêtes), qui avaient pu se développer et prospérer sous des formes très diverses au fil des millénaires, correspond à l’arrivée de nos ancêtres lointains dans leur régions.

Sapiens colonise les deux Amériques, en passant par le détroit de Behring, il y a 15 000 ans. Les gros animaux, encore présents  en cette fin du pléistocène, disparaissent à la même période. Sans doute ne se méfiaient-ils pas suffisamment de ces bipèdes nouvellement arrivés ! 

Même phénomène en Europe, où les mammouths constituent sans doute un gibier de choix pour l’homme de Néandertal ou celui de Denisova (Sibérie)… Les derniers mammouths laineux, qui se sont adaptés aux rigueurs de l’île Wrangel (cercle polaire arctique), sont les derniers à s’éteindre, il y a près de 5 000 ans, avec l’arrivée des humains sur les lieux…

Quand Sapiens parvient en Australie, voilà 50 000 ans, de la même façon les plus gros marsupiaux et bien d’autres mammifères disparaissent du continent.

La faune africaine résiste un peu plus longtemps à la pression humaine. L’explication tient peut-être dans le fait que c’est là, en Afrique, que nait, se développe et se multiplie le genre homo durant 5 ou 6 millions d’années… Les animaux ont eu le temps d’apprendre à s’en méfier ; ils se sont adaptés.

Si l’on remet tous ces faits incontestables en perspective, l’histoire qui s’impose à l’esprit est-elle si flatteuse pour le genre humain ?

Il est plus que temps d’écrire une nouvelle fiction, plus respectueuse de la Vie.

En espérant que nous soyons assez nombreux pour y croire, très fort !

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