Voilà un peu plus de 5000 ans que l’écriture est née, enfantée par les chiffres, qui réclamaient un support moins discutable que la mémoire humaine, pour voir s’épanouir leur autorité. Le système alphabétique est le résultat de l’absorption de certains symboles d’un alphabet sémitique ancien par l’alphabet grec, à la fin du 2ème millénaire avant J.-C., repris plus tard par les romains pour donner l’alphabet latin, celui que j’utilise en cet instant, et qui me permet de partager.
Il me semble plus important de partager des idées, des concepts, plutôt que des souvenirs personnels ou générationnels. Mais l’esprit humain est ainsi fait qu’il est plus facilement captivé par les “petites histoires”, faciles à mémoriser.
Le “marketing”, commercial et politique, flatte ce goût cérébral pour le détail au point d’en faire une nouvelle activité économique, le “storytelling”, la mise en récit (en France) ou l’accroche narrative (au Québec). Alors je saupoudre mon écriture d’anecdotes personnelles ; il faut bien dire que, comme tout le monde, j’écris pour être lu. Je mets du ressenti, de l’affect, en veillant bien à préserver mon objectif initial : partager des idées.
Dans la réalité, la mise en récit prend très souvent le pas sur le contenu. La forme peut très facilement pervertir le fond. La raison se trouve repoussée dans une éventuelle dernière étape “intellectuelle”, bien loin derrière les contorsions narratives ou syntaxiques pour capter l’attention, et l’emploi à haute dose de vecteurs d’émotions, de désirs et de pulsions qui facilitent la réceptivité, qui captivent, capturent le lecteur…
Cette dérive explique l’explosion des “fausses nouvelles”, qui poussent sur le terreau des pulsions… La puissance de l’image, et plus encore celle de l’image animée, repousse encore le passage de la réflexion, du raisonnement, de la logique et de la dialectique de démonstration.
Ce qui explique mon choix initial : pas d’image, seulement des mots. Avec cette nécessité de garder une priorité à la logique, car le verbe est, un peu moins que l’image, un puissant outil de manipulation. Il s’y ajoute le poids de l’écrit (“Les paroles s’envolent, les écrits restent”). La locution latine originelle est d’ailleurs inversée : “Scripta manent, verba volant”. Ce qui marque bien la prééminence de l’écrit, dans la rigueur mathématique latine.
Mes petites réflexions hebdomadaires ne sont donc pas si faciles à lire, je le sais.
Et c’est pour cette raison que j’y ajoute, depuis le début de l’année, un enregistrement. La sollicitation de l’oreille adoucit l’aridité de la lecture, et ajoute à la logique dialectique, la “musique”, les inflexions de ma voix.