Santé mentale 3

Oui, deux premiers billets ont, ici, été consacrés à la santé mentale, les 8 et 15 novembre 2024. Le premier faisait un parallèle entre le fonctionnement du cerveau et l’ordinateur, quand le second mettait en évidence l’importance cruciale des périodes de l’enfance et de l’adolescence dans l’acquisition des bases d’une bonne santé mentale.

Ma présence, ponctuelle mais régulière, dans un lieu d’accueil parent enfant (les LAEP sont inspirés en droite ligne des maisons vertes fondée à l’initiative de Françoise Dolto), me permet de voir comment les enfançons construisent leur “je” par le jeu. 

Les jeux leur permettent de modeler à leur guise leur environnement, et de passer facilement du réel au virtuel. Ils apprennent le conditionnel, le “si” qui libère l’imagination, laisse parler les fantasmes et permet d’expérimenter sans risque des façons d’être, des “je” compatibles avec une vie sociale, essentielle pour comprendre “les autres” qui jouent aussi… Tout au long de l’enfance, les parents, et plus généralement les adultes, arbitrent ces jeux et maintiennent présentes les contraintes du réel.

Car le réel est toujours là, offrant souvent des frustrations cuisantes et des injustices flagrantes dont les adultes ont appris à s’accommoder, dans certaines limites, fixées pour partie par le Droit, pour partie par le “bon sens” ; des limites qui bougent cependant en permanence, et de plus en plus rapidement… Les enfants observent et apprennent…

Un bon équilibre entre réel et virtuel est ce qu’on a coutume d’appeler une “bonne” santé mentale…

Le gouvernement français a fait de la santé mentale la grande “cause nationale” de l’année 2025… Après les “jeux » olympiques et paralympiques de l’an passé, et dans le flou de plus en plus troublant entre les beaux discours et les réalités économiques, politiques et environnementales, le choix du sujet était judicieux.

Le problème reste cependant cette inadéquation de plus en plus grande entre le virtuel et le réel. Ou plutôt, le problème est dans l’immaturité de plus en plus grande qui se répand dans toutes les couches sociales et qui entretient la confusion entre deux mondes… 

Les populations les plus pauvres “croient” au miracle du “toujours plus” (blanc, beau, meilleur, vite, riche…) de notre merveilleuse société de consommation, qui les assure et les rassure – de plus en plus difficilement -. Ils s’accrochent alors férocement, aveuglément, aux promesses qu’ont leur a faites de lendemains chantants…

Les classes moyennes ne sont pas vraiment dupes, mais se réfugient dans le virtuel des “jeux” spectacles, théâtre, films et séries qui leur permettent d’échapper un moment au réel. Ils savent néanmoins que l’à venir n’est pas ce qu’on en dit.

Les plus aisés ont su profiter des opportunités du “toujours plu”s et tiennent à préserver leurs petits avantages, avec des murs toujours plus hauts, et des discours toujours plus manipulateurs…

Bref, les sociétés démocratiques vont mal. Elles recherchent des hommes providentiels qui sauront tenir le “bon” discours pour réconcilier réel et virtuel, pour faire bouger les frontières du possible dans le respect du Droit, dans les limites du simple bon sens. Elles comptent sur de nouveaux outils, comme les intelligences artificielles (IA) pour proposer des solutions.

Elles ne veulent pas voir que tout ce qui fera demain est en réalité – toujours cette fichue réalité – notre jeunesse, celle que nous laissons dans le marasme du virtuel des écrans, et des dérives des IA prises pour confidentes et partenaires, tuant toute fructueuse confrontation au réel…

Est-ce si difficile de regarder le réel en face ?

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