En premier lieu une cascade de chiffres, en raison d’une donnée que j’ai rapportée sur la page “Gastronomie” du 11 juillet dernier ; 6 millions de personnes connaitraient la précarité alimentaire en France… Vos commentaires m’ont conduit à vérifier. En 2018 déjà, les pouvoirs publics reconnaissaient qu’un français sur 5 était en insécurité alimentaire, soit plus ou moins 12 millions de personnes… Depuis, le pays a connu quelques turbulences sanitaires et économiques. La flambée de l’inflation post-COVID a été forte sur les produits alimentaires, et particulièrement sur les produits frais. Au point que la recommandation de l’OMS (de 2003) de “consommer 5 fruits et légumes par jour”, est devenue une galéjade pour un français sur trois (20 millions de personnes). D’autres calamités (guerres, aléas climatiques…) ont conduit à la hausse les prix des céréales, des oléagineux, du cacao, donc des produits alimentaires “premiers prix” proposés par l’industrie, qui ont suivi le même mouvement. Le panier des personnes consommant ces produits a augmenté plus vite que le panier du français moyen… À la cascade de chiffres s’ajoute une cascade de conséquences qui touchent de plein fouet les petits budgets, à savoir les personnes seules, encore appelées “personnes isolées”, qui sont le plus souvent des femmes (avec ou sans enfant à charge), des personnes souffrant de handicap et/ou de problèmes de santé, des personnes âgées et des mal-logés.
La raréfaction des logements corrects est la conséquence du manque de logements depuis plus de vingt ans. Le prix des loyers, même encadré par la loi, représente une grosse part du budget moyen des ménages. Elle est pratiquement incompressible, et les charges (chauffage) ont suivi le même mouvement inflationniste. Les personnes qui, déclarant souffrir d’un handicap, d’une maladie chronique ou d’une affection de longue durée, sont plus nombreuses à manquer de nourriture saine que les personnes qui se disent en bonne santé : 22 % contre 12 %, soit deux fois plus.
De fait, le budget santé se trouve malmené, en raison des contraintes exercées sur le budget alimentation, le seul assez “souple” pour servir de variable d’ajustement…
Les personnes isolées (étudiants, femmes, personnes âgées…) subissent donc cette cascade de difficultés en matière de logement, d’alimentation et de santé, et deviennent la variable d’ajustement des politiques publiques, qui cherchent à améliorer l’habitat en retirant du marché les “passoires thermiques”, et qui tentent de freiner l’inflation sur le budget de la sécurité sociale en limitant le remboursement des soins.
Ce sont les dernières cascades qui menacent de noyer les plus pauvres, de plus en plus nombreux à se retrouver sur le trottoir…