Non

Les petits mots comme ça, trois lettres pas plus, méritent d’être entendus. 

Celui-là pourtant ne bénéficie pas toujours d’une bonne audience. La redondance est souvent de rigueur ; non, non… Il faut le réitérer pour tenter de briser la contrariété qu’il suscite, sans garantie de succès, car il est connoté violent.

L’est-il vraiment ?

De mon point de vue, non. Car c’est une question de point de vue. 

Pour le locuteur, dire non c’est informer le ou les autres qu’il n’est pas d’accord. 

Pour ceux qui le reçoivent, le petit adverbe irrite pis que poil à gratter. 

Si le refus reste ainsi, net, précis et déterminé, le risque est fort qu’il déclenche l’orage, la colère, la violence. 

Le langage a prévu des locutions pour arrondir les angles, des “non merci”, “ma foi non”, “certes non”, “mon Dieu non”, ou même “que non !”… Mais souvent la nuance est impossible car le non contient trop d’indignation, de protestation, d’exaspération : inutile d’insister : non c’est non. 

Car non n’est jamais dit du bout des lèvres, il est lourd de signification et mérite vraiment d’être entendu.

Il vient très vite au petit humain, dès qu’il commence à se percevoir comme un être à part entière. C’est le premier jalon vers l’autonomie, bien avant les apprentissages moteurs (manger seul, se déplacer seul). Une étape essentielle, qui pose les bases du dialogue, si ce “non” est accueilli avec respect, accepté, compris. Alors peut commencer l’échange, l’appel à la réflexion, la confrontation avec le non argumenté de l’adulte. Bien loin des violences de la domestication, de l’apprentissage de la docilité…

Il est la première des protections face aux situations qui semblent présenter des risques, tout au long de la vie de la personne. Le non est un barrage puissant pour se protéger ; il est encore plus puissant lorsqu’il est dit par la foule.

Tu as sans doute entendu celui du 10 septembre, dans les rues de bien des villes françaises. Il était sans ambiguïtés et sans doute aucun appelait-il à l’ouverture d’un vrai dialogue pour gérer les “crises” qui s’accumulent dans le respect des intérêts de tous.

Cette fois encore, la réponse à ce “non” général a été la violence, car nos élus se refusent à reconnaître leur impuissance, et se croient seuls détenteurs de vérités. Les institutions ont verrouillé de multiples façons les échanges nécessaires à l’évolution des sociétés humaines. Le premier des verrous, c’est la Loi. 

Mais par la force de l’évolution des situations, les lois deviennent inadaptées, contre-productives, dangereuses pour l’avenir de l’Homme…

Quand les concertations de façade organisées pour résoudre les problèmes de société sont sans effet sur la politique conduite par l’État, l’ultime recours est encore de dire non, seul ou en groupe, de contester par la désobéissance civile, de se montrer indocile sans pour autant céder aux tentations de l’usage de la violence, comme le font à l’envi les pouvoirs publics…

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