Ce mot n’a pas beaucoup évolué ; il laisse transparaître son origine latine “quoti die” : chaque jour. En y réfléchissant un peu, le quotidien d’aujourd’hui se trouve cependant bien souvent confiné dans un entrelacs d’habitudes, de gestes mécaniques et banals. Et l’ordinaire se voit frappé de monotonie, de tristesse et d’ennui. Dans le monde du travail, manuel ou intellectuel, l’immense majorité des activités rémunérées se trouvent dépossédées de leur sens, et leurs exécutants se trouvent privés de tout contact direct et complet avec le “monde”. Karl Marx parle d’aliénation des travailleurs…
Le domaine artistique n’échappe pas au danger du quotidien inconscient englué dans les traditions élitistes du jugement esthétique, quand ce n’est pas dans la reproduction d’objets très ordinaires orientés vers la consommation touristique…
De même le quotidien de la sphère privée est menacé par les routines et les stéréotypes, que ce soit dans l’alimentation, dans l’éducation des enfants, dans les loisirs…
Il me semble inutile de donner des exemples ; chacun est capable d’en trouver pour ce qui le concerne. Cette recherche d’exemples est le premier pas vers la libération du quotidien.
Ce qui revient chaque jour, ce dont on a besoin, au sens économique (activités) comme au sens physiologique (pain), mérite toute notre attention. Nous devons rechercher en permanence à nous ajuster à un environnement sans cesse en évolution. Nous ne sommes pas des clous plantés dans un mur, dont la seule fonction est de porter une croix ! Nous portons notre part de responsabilité car nous façonnons le monde par notre comportement.
Cette “simple” prise de conscience permet de briser le couple quotidien-inconscient et ouvre le champ-libre de pratiques plurielles, respectueuses de tout ce qui nous entoure. Les conséquences de cette ouverture du quotidien ordinaire ont, naturellement, c’est-à-dire sans effort supplémentaire, des conséquences jusque dans l’organisation de la vie publique.
Un grand nom du passé conclura cette petite réflexion hebdomadaire :
“Lorsqu’un homme prend part à la direction de sa république-circonscription, ou dans de plus élevées, et sent qu’il est un participant dans le gouvernement des affaires, pas seulement le jour du vote une fois par an, mais chaque jour ; quand il n’y aura pas un seul homme dans l’État qui ne sera membre d’un de ses conseils, grand ou petit, il se laissera déchirer le cœur hors de son corps plus volontiers qu’il ne laissera son pouvoir lui être arraché par un César ou un Bonaparte”*.
*Lettre de Thomas Jefferson à Joseph C. Cabell du 2 février 1816, Peterson. Les lettres de Jefferson sont accessibles sur https://founders.archives.gov/about/Jefferson
Les américains d’aujourd’hui, asphyxiés dans leur quotidien délétère, devraient lire et relire Thomas Jefferson.