Deux visions opposées du monde, rêve ou cauchemar, qui relèvent cependant du même besoin, impérieux en temps de crise, d’imaginer un nouvel horizon vers lequel aller, pour les utopiques, ou vers lequel nous sommes poussés, pour les dystopiques…
Si l’on regarde vers le passé, c’est l’Atlantide évoquée par Platon, autarcique, géométrique. Y dominent la transmission des savoirs (éducation) et la recherche du bonheur (philosophie). L’utopie, c’est la cité idéale de Platon, mais c’est aussi l’île de Thomas More, en 1516,ou le monde rabelaisien de Pantagruel, en 1532. La grande misère de la Renaissance appelle des visions positives de l’avenir… Jusqu’au XIXème siècle où l’industrialisation pousse au rationalisme ; l’utopie ne tient plus aucun compte de la réalité et le puissant courant romantique prépare le terrain aux dystopies (d’abord appelées anti ou contre-utopies), des utopies qui « dérapent »…
Aujourd’hui, et même si le raccourci peut paraître caricatural, c’est seulement une question de point de vue ; l’utopie serait le discours des dirigeants, et la dystopie, la réalité vécue par le reste de la population.
Et voilà comment s’affrontent deux visions de l’évolution de l’humanité : ceux qui proposent un avenir glorieux (la Grande Amérique de D. Trump, le nouvel Empire Russe de V. Poutine, la conquête de l’espace ou celle de la planète terre…) et ceux qui s’alarment de la dégradation de l’environnement et des conditions de vie de la population. Les grands auteurs, dans la littérature, comme dans le cinéma et l’audio-visuel plus récemment, s’en donnent à cœur-joie. La tension romanesque entre les visions cauchemardesques et les rêves les plus fous donnent une longue liste d’œuvres qui débordent largement le domaine de la science-fiction.
Jusqu’au « Siècle bleu » de Jean-Pierre Goux, qui propose un savant mélange de positif et de négatif comme base de réflexion, pour construire un futur attractif à partir des turpitudes, fort bien documentées, de la société actuelle. Ce roman est un excellent divertissement sur un sujet grave. Une tentative de réhabilitation de l’utopie, qui s’appuie sur l’amour pour espérer un effet de levier capable de générer une empathie collective et salvatrice…
Pour conclure, une invitation à lire « Le bien commun » de Riccardo Petrella, sorti en 1996, et qui propose une vraie utopie ; la réhabilitation du concept de bien commun. Depuis son livre, on peut dire que la société a continué d’évoluer à l’opposé… Mais on peut encore espérer.