Consensus

Oui, c’est du latin d’accord, mais c’est aussi dans tous les dictionnaires de français. On parle de consensus à propos des interrelations qui peuvent s’établir, par exemple entre deux atomes d’hydrogène et un d’oxygène pour faire une molécule d’eau.

On parle aussi de consensus lorsque différentes personnes se mettent d’accord.

Ainsi la trentième « COP » (Conference Of Parties) réunit-elle les représentants de 197 États à Belem, avec pour objectif de se mettre d’accord sur des propositions de résolutions, afin de tenter d’enrayer le processus de réchauffement climatique…

Charline Granger, chargée de recherche au CNRS, vient de publier un article sur la façon dont le consensus pouvait naître dans les parterres des théâtre, en 1750… À cette époque, Le théâtre est en effet lieu d’exhibition, où les femmes en général (et les courtisanes en particulier) viennent se montrer, où les pouvoirs locaux se disputent les loges les plus en vue. Au parterre, le public, masculin, est debout, nombreux (500 à 600) et « participe » au spectacle jusqu’à, souvent, interrompre la représentation. Cette foule tumultueuse fait peur au pouvoir et, pour maintenir l’ordre, un cordon d’hommes d’armes est présent sur les lieux. Mais cette population attire aussi l’attention des auteurs et des philosophes, qui voient les émotions s’y démultiplier et tendre à converger collectivement vers l’expression d’un seul et même mouvement. Les rires suscitent les rires… On y voit une forme d’intelligence collective.

Il serait intéressant de transposer au Palais Bourbon, haut lieu de spectacle où se produisent les personnalités politiques, les mêmes conditions d’inconfort. 

La jauge y est sensiblement la même qu’au parterre des théâtres de cette époque. 

On y découvrirait l’intérêt de la position debout, qui semble favoriser l’apparition du consensus et de cette intelligence collective qui manque cruellement aujourd’hui.

Nos représentants seraient certainement plus prompts à trouver un accord sur le budget pour notre pays l’an prochain, s’ils ne « siégeaient » plus, mais délibéraient plus librement en position verticale, aidés sans doute par l’usage d’écritoires pour y étaler leurs papiers ou poser leurs écrans.  Ils éviteraient ainsi d’écraser les consensus à venir sous leurs postérieurs. 

À l’école, on nous a appris que nous en avions cinq sens – l’odorat, la vue, l’ouïe, le toucher et le goût – qui sont les sens de l‘extéroception, qui intéressent la relation de l’être humain avec l’extérieur. Depuis cinq ans environ, les neurosciences révèlent, avec le travail de vulgarisation de la chercheuse espagnole Nazareth Castellanos, qu’il faut élargir ce champ. Nous n’avons pas seulement cinq sens, nous en avons d’autres. Le premier sens, le plus important, est l’interoception, l’information qui parvient au cerveau sur ce qui se passe dans notre corps. 

Cette idée d’attribuer à la position debout le pouvoir de transcender des corps individuels en corps collectif mériterait d’être mise en pratique. Il est indiscutable que son inconfort relatif saurait accélérer le débat. Et pour maintenir un bon niveau de motivation, promesse de fertilité des esprits, il ne serait pas inutile d’appliquer la  règle d’une rémunération au résultat. Le consensus serait alors beaucoup plus facile à obtenir !

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