Tactique & stratégie

Oui, deux vocables pour réfléchir un peu, dans le contexte guerrier du moment.

Ces deux mots, « tactique » et « stratégie« , dans l’antiquité, se référaient uniquement à la « science » militaire. ils ont gagné, grâce aux mathématiques, des places de premier plan dans les jeux, et dans l’économie ou la politique… Ces évolutions sémantiques semblent avoir provoqué un fort déséquilibre entre l’ingéniosité et la vélocité de la pensée tactique cultivée dans l’univers des jeux, et les difficultés de la raison à manipuler des desseins stratégiques liés à des enjeux économiques et écologiques qui sont devenus planétaires. Or, dans le militaire, la stratégie commande à la tactique, et, de fait, les hommes politiques qui manipulent à l’envi le vocabulaire guerrier à tout propos, tombent dans les mêmes difficultés à traduire, dans leurs discours comme dans leurs actes, la complexité de ces concepts.En matière de stratégie, pas un n’est à la hauteur. 

Dans les guerres que se livrent les États aujourd’hui, la victoire tient dans la sophistication du matériel. Le nombre de régiments et de divisions n’a plus qu’une importance toute relative. Les matériels et équipements militaires sont devenus des produits de compétition qui coûtent très cher et qui sont vite dépassés. Leur production est d’autant plus onéreuse et inflationniste qu’elle n’a pas de contrepartie positive dans une économie de marché aujourd’hui planétaire. En période de paix, ils ne servent à rien. C’est de l’argent perdu. Et en temps de guerre, c’est aussi de l’argent perdu, même pour les vainqueurs, à moins, comme l’État français en 1919, de vouloir faire payer des dommages de guerre exorbitants au vaincu, lui-même exsangue (ce qui provoquera une seconde conflagration mondiale vingt ans plus tard). Dans un contexte de raréfaction des matières premières naturelles, les conséquences écologiques d’une guerre sont bien évidemment dramatiques, et la tenue de la COP 30 était une bien triste plaisanterie…

Face à une stratégie guerrière lourde, la résistance a de tout temps fait ses preuves. Elle déjoue vaille que vaille la stratégie guerrière russe en Ukraine. 

Souvent confondue avec la guérilla, elle a contribué à l’effondrement des empires.

La seule réponse à la guerre est d’y résister, et pour se faire les États n’ont pas le choix des stratégies ; ils doivent faire confiance à leurs citoyens.

La résistance est une tactique créative et économe car elle sait s’adapter aux ressources du lieu. 

Un petit coup d’œil à l’ouvrage « Méthodes militaires de Maître Sun » en détaillait les principes voilà plus de 2500 ans…

« L’art chinois de la guerre est un art de l’oblique qui, investissant le champ entier du politique, réussit le tour de force de vaincre sans ensanglanter la lame. »

Extrait de « L’art de la guerre » de Sun Tzu – traduit et commenté par jean Lévi pour les Éditions Arthème Fayard/Pluriel (2016)

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