Loup

Succès planétaire, le loup solitaire devenu héros de clip publicitaire mérite un arrêt sur image.

Les amateurs de lectures enfantines ont sans doute déjà lu des histoires aux scénarios similaires : un animal réputé carnivore, donc méchant, qui ne parvient pas à se faire d’ami, change de régime alimentaire…

Le choix du loup n’est pas innocent, car l’entreprise pour laquelle il est mobilisé fait partie d’une branche d’activité économique – la grande distribution – considérée comme prédatrice (pour les entreprises)… Il s’agit donc d’améliorer son image auprès du grand public, et de montrer que le méchant loup peut se laisser apprivoiser, ou peut-être domestiquer… Quelle est la différence ?

Un petit coup d’œil aux dernières recherches en génétique et paléo-génétique sur ce carnivore légendaire, et son descendant, le chien domestique, n’est pas inutile.

Le loup d’aujourd’hui est un prédateur de l’hémisphère nord issu d’une sélection naturelle provoquée par les épisodes d’instabilité climatique de la fin du Pléistocène (entre – 50 000 et – 10 000 ans). Son origine est beaucoup plus ancienne (estimée à plus de 800 000 ans) et les chiens, domestiqués par les chasseurs-cueilleurs, sont tous des descendants des loups préhistoriques, qui ont disparu avec les aléas glaciaires. 

Ce petit rappel permet de distinguer l’action d’apprivoiser un animal sauvage et sa domestication.

Les réseaux sociaux sont riches d’expériences d’apprivoisement d’animaux sauvages, qui se sont habitués à la présence humaine, et qui partagent leur habitat. La possession d’un animal « exotique » permet sa mise en scène et la publication de documents, symboles ostentatoires de statut social pour une élite fortunée… Or ces stars des réseaux sociaux sont des espèces avec des besoins liés à leur espèce, sociaux et comportementaux, impossibles à satisfaire dans un foyer humain. Les animaux sauvages apprivoisés ne sont pas sans danger, ne serait-ce que parce qu’ils sont souvent vecteurs de maladies transmissibles à l’homme. Lorsqu’ils sont relâchés hors de leur milieu d’origine, ils peuvent perturber sérieusement les écosystèmes locaux, en concurrençant par exemple la faune indigène.

La domestication repose en revanche sur un long travail de sélection, au fil de nombreuses générations, pour rechercher des transformations génétiques, morphologiques et comportementales sur l’animal. Ainsi le cheval de course est devenu rapide, le cheval de trait puissant, certains chiens sont devenus des animaux de compagnie, pendant que d’autres sont des gardiens de troupeaux ou des chiens de chasse.

Ces animaux-là sont devenus dépendants de l’homme, et leur retour à l’état « sauvage » n’est pas toujours possible… Loups et chiens peuvent cependant s’hybrider car ils appartiennent bien à la même espèce.

Durant les prochaines semaines, les écrans ne manqueront pas de rediffuser à l’envi le clip publicitaire du gentil loup devenu végétarien. Il serait intéressant de le regarder d’un œil neuf et de le mettre en parallèle avec les trafics dont sont l’objet les derniers animaux sauvages, et en prenant en compte le partenariat que nous avons établi avec les animaux domestiqués au fil des millénaires, qui méritent eux aussi tous nos soins et notre plus profond respect.

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