Vulnérabilité

L’humain naît très imparfait, contrairement à beaucoup d’autres mammifères, et il lui faudra beaucoup de temps et de soins pour devenir à peu près autonome.

L’enfance au sens large, tranche de vie d’une quinzaine d’années, est une période particulièrement vulnérable, vécue sous la tutelle des adultes, qui rabâchent à l’envi :

  • “Les enfants d’aujourd’hui sont des adultes en devenir”.
  • “Les enfants d’aujourd’hui font les parents de demain”.
  • “Il faut préparer les enfants au monde de demain”. 

À ces louables injonctions d’ajoutent des considérations plus récentes, par exemple ;

  • “Quel environnement, quelle société laissons-nous à nos enfants ?”
  • “Avant d’être adulte, l’enfant n’est-il pas d’abord un citoyen à part entière ?”
  • “Les enfants (de) migrants ne sont-ils pas les plus vulnérables ?”

Le rapport rendu au nom de la commission d’enquête sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance devant l’Assemblée Nationale vient d’être publié. Il fait l’effet d’un séisme et provoque de cruelles répliques. 

Le 14 avril, une plainte a été déposée contre la France, auprès du comité des droits de l’enfant de l’ONU pour « violations graves et récurrentes » des droits des mineurs confiés l’aide sociale à l’enfance.

Ses résultats, humains ou économiques, sont consternants.

On sait que les violences physiques, morales et institutionnelles, subies au cours de l’enfance laissent des traces indélébiles. 

Les enfants passés par la “protection de l’enfance” sont davantage exposés au chômage, à la pauvreté, ils ont un moindre accès aux études secondaires et supérieures. Ils sont également beaucoup plus nombreux parmi les sans-abri. 

Les enfants maltraités, pourtant nés dans des milieux “aisés” et “préservés”, sont de la même façon susceptibles de reproduire ce qu’il ont vécu, sont sujets aux mêmes désordres psychologiques, lorsqu’ils sont exposés aux maltraitances familiales.

La raison essentielle à ces dysfonctionnements et ces erreurs en cascade, c’est que la société moderne continue de rejeter, plus ou moins ouvertement, l’idée même de vulnérabilité : c’est un état intolérable. La fragilité effraie les parents, qui aimeraient voir leur progéniture échapper à cette faiblesse qui la dévalorise.

Toutes les formes de vulnérabilité sont d’ailleurs, parfois à bas bruit, souvent haut et fort, stigmatisées, dans un louable souci de rationalisation, de gestion rigoureuse, de “management” de ressources qui ne sont pas inépuisables… 

Cynthia Fleury nous en a prévenus, dans un petit livre paru chez Gallimard en 2019.

Elle fait une analyse très fine de l’évolution du soin, par l’activation des potentiels chez l’enfant, à travers les soins parentaux, et l’éducation au sens le plus large…

Les métiers du soin (médecine du corps et de l’esprit, enseignement et éducation) se sont développés et féminisés, ce qui a contribué à les invisibiliser, 

à les dévaloriser, face à la “science” des valeurs, l’économie financière.

Fort heureusement, les sciences “humaines” (philosophie…) commencent à percevoir l’homme en interaction avec des écosystèmes, au sein desquels sa vulnérabilité devient un vecteur de connaissance, une façon de mieux les comprendre…

Toutes les vulnérabilités doivent être prises en compte pour susciter des activités créatrices inclusives.

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