Seuls ensemble

La fin de cette année 2025 marquera la quatrième année d’existence de cette chronique. À peu près 200 pages, à peu près 100 000 mots, à peu près 500 mégaoctets sur le disque dur de mon ordinateur, et dans les serveurs d’un hébergeur…

Mon but était de tenter de noter des réflexions et d’engager des échanges pour leur maturation collective. 

Sur ce second point, j’ai échoué. 

Cela vient du fait que j’ai très largement surestimé le potentiel du média internet.

L’anthropologue et psychologue américaine Sherry Trukle étudie depuis plus de quarante ans les effets psychologiques et sociaux liés à l’emploi des moyens d’information et de communication modernes. Son constat est clair ; ces technologies se développent aux dépens des relations humaines. La connectivité offerte par les réseaux ne fait qu’approfondir notre isolement. Les frontières deviennent floues entre le fait d’être ensemble en tout lieu grâce aux réseaux et d’être seuls, physiquement et psychologiquement, voire »absents ». Le fonctionnement multi-tâches imposé par les messageries électroniques peut être perçu de façon positive, mais il exaspère un besoin de reconnaissance qui se matérialise, entre autres, par la course à l’audience. Le nombre de « followers » ou de « clics » n’a pas seulement vocation financière, à travers une rémunération publicitaire.  C’est aussi un besoin de reconnaissance qui s’exprime à la hauteur de l’investissement en temps et en énergie dans ces existences virtuelles. 

Pour revenir à mon propre « investissement » dans ces lignes, il pourrait (me) faire croire à la réalité du partage de la réflexion. Mais il n’en est rien et je n’ai trouvé personne parmi mes lecteurs qui se soit lancé dans une conversation, sur l’un des nombreux sujets que j’ai pu aborder, et encore moins dans un débat ou dans une polémique.

Les manifestations d’intérêt ne sont jamais allées au-delà de la politesse et de l’encouragement. Ce n’est pas assez pour établir un échange profond et fécond, pour faire corps et devenir force de proposition. L’environnement virtuel est stérile, voire toxique lorsqu’il atteint des extrémités dangereuses,  génératrices de mirages.

Mon absolue certitude que l’avenir de la race humaine est entre nos mains se double aujourd’hui d’une autre ; toutes les technologies qui nous relient « en temps réel » ne font que nous égarer dans de vertigineux virtuels, qui nous font négliger une réalité qu’il faudra pourtant finir par regarder bien en face.

Les implications sociales et morales des « réseaux » méritent d’être sérieusement prises en compte avant d’aller plus avant. 

L’usage que nous en faisons aujourd’hui tient des pratiques des apprentis sorciers, et leurs conséquences psychologiques et sociétales hypothèquent sérieusement nos capacités de résilience pour surmonter les crises qui, l’une après l’autre, nous frappent.

Le dernier livre de Sherry Turkle, « Les yeux dans les yeux : Le pouvoir de la conversation à l’heure du numérique« , a été traduit en français et édité en 2020 chez Actes Sud.

(S’)Investir

Les bégaiements politiques de la France d’aujourd’hui sont particulièrement nocifs pour la société. Les français ont l’impression d’avoir des représentants plus préoccupés de leur image, de leur élection, que de l’avenir à initier, pour sortir le pays de l’ornière. 

Visiblement, ils ne savent pas quoi faire, et quand ils écoutent leurs si nombreux conseillers, les idées qu’ils retiennent sont brouillonnes, parcellaires et souvent si contradictoires qu’ils ne parviennent pas à les faire appliquer.

Il s’agit de se donner un cap et de s’y tenir. Un cap, c’est une vision à long terme, qui va bien au-delà des échéances électorales. C’est un changement d’échelle, car il ne s’agit plus de raisonner en fonction des intérêts nationaux, mais de ceux de l’Europe, et plus largement, de la planète. C’est un changement de paradigme, car il faut faire comprendre qu’une bonne politique commence par adopter les bonnes postures au quotidien, et que cette règle vaut pour tous. Une bonne « norme » est valable pour tous, même si parfois ça ne saute pas aux yeux…

Ça, nos hommes politiques ne savent pas faire. Ils manipulent bien les idéologies, les concepts, les mots (pour manipuler leurs congénères), mais pas plus. Les plus dangereux ne raisonnent même plus ; ils cassent les outils de mesure pour nier les problèmes. L’étude des dérèglements climatiques est-elle vraiment une dépense inutile ? Casser le thermomètre n’a jamais guéri un malade. Les exemples de semblables dénis se multiplient à tel point qu’il serait vain de tenter de les compter.

LA solution est dans l’investissement ; voilà un bien grand mot qui renvoie à la finance. Bien sûr, les investissements financiers sont nécessaires, mais la purée de pois économique actuelle incite a contrario ceux qui pourraient le faire à épargner… Belle erreur ! Les fonds ainsi gelés ne travaillent pas pour l’avenir.

L’investissement est avant tout humain : il s’agit de bâtir de nouvelles cathédrales, au sens figuré, de soutenir la créativité pour innover, trouver des solutions pour loger, soigner, éduquer et nourrir, pour nettoyer et travailler plus proprement, à tous les échelons de la société. 

L’investissement pour l’avenir n’est pas tant dans l’argent que dans l’humain. Il s’agit de remonter ses manches pour se mettre au travail, que ce dernier soit ou non rémunéré. Il s’agit d’ouvrir les yeux et son cœur pour trouver une association qui a le même objectif, le même cap. 

Longtemps les associations ont comblé les « manques » des politiques gouvernementales et ravaudé les trous dans les raquettes. Leurs investissements humains sont précieux dans la préservation de l’environnement, la culture, la solidarité, le logement, le sport, le « social »… Les associations sont au cœur de nos vies. Elles donnent une voix à celles et ceux qui n’en ont pas, elles créent du lien, elles permettent l’engagement citoyen, elles rendent possible l’impossible. L’énergie humaine, qui s’oriente depuis des années vers les associations, s’est détournée des partis politiques et des syndicats. 

Or en 15 ans, le budget de fonctionnement de ces associations a été divisé par deux.

Le politique ne veut plus entretenir cette concurrence qui fait ce que lui-même néglige. 

Il ne subventionne plus, mais continue d’agir sans autre préoccupation que son seul intérêt.

Le 11 octobre, demain, plus de 3300 responsables de mouvements associatifs appellent à revendiquer leur droit d’exister. Conférences, forums, rassemblements, spectacles et autres manifestations vont émailler cette journée.

Qu’on se le dise !

La carte des mobilisations, c’est ici.

Utopie / Dystopie

Deux visions opposées du monde, rêve ou cauchemar, qui relèvent cependant du même besoin, impérieux en temps de crise, d’imaginer un nouvel horizon vers lequel aller, pour les utopiques, ou vers lequel nous sommes poussés, pour les dystopiques…

Si l’on regarde vers le passé, c’est l’Atlantide évoquée par Platon, autarcique, géométrique. Y dominent la transmission des savoirs (éducation) et la recherche du bonheur (philosophie). L’utopie, c’est la cité idéale de Platon, mais c’est aussi l’île de Thomas More, en 1516,ou le monde rabelaisien de Pantagruel, en 1532. La grande misère de la Renaissance appelle des visions positives de l’avenir… Jusqu’au XIXème siècle où l’industrialisation pousse au rationalisme ; l’utopie ne tient plus aucun compte de la réalité et le puissant courant romantique prépare le terrain aux dystopies (d’abord appelées anti ou contre-utopies), des utopies qui « dérapent »…

Aujourd’hui, et même si le raccourci peut paraître caricatural, c’est seulement une question de point de vue ; l’utopie serait le discours des dirigeants, et la dystopie, la réalité vécue par le reste de la population. 

Et voilà comment s’affrontent deux visions de l’évolution de l’humanité : ceux qui proposent un avenir glorieux (la Grande Amérique de D. Trump, le nouvel Empire Russe de V. Poutine, la conquête de l’espace ou celle de la planète terre…) et ceux qui s’alarment de la dégradation de l’environnement et des conditions de vie de la population. Les grands auteurs, dans la littérature, comme dans le cinéma et l’audio-visuel plus récemment, s’en donnent à cœur-joie. La tension romanesque entre les visions cauchemardesques et les rêves les plus fous donnent une longue liste d’œuvres qui débordent largement le domaine de la science-fiction.

Jusqu’au « Siècle bleu » de Jean-Pierre Goux,  qui propose un savant mélange de positif et de négatif comme base de réflexion, pour construire un futur attractif à partir des turpitudes, fort bien documentées, de la société actuelle. Ce roman est un excellent divertissement sur un sujet grave. Une tentative de réhabilitation de l’utopie, qui s’appuie sur l’amour pour espérer un effet de levier capable de générer une empathie collective et salvatrice…

Pour conclure, une invitation à lire « Le bien commun » de Riccardo Petrella, sorti en 1996, et qui propose une vraie utopie ; la réhabilitation du concept de bien commun. Depuis son livre, on peut dire que la société a continué d’évoluer à l’opposé… Mais on peut encore espérer.

Politique au quotidien

La citation de la semaine dernière peut être confortée par une autre, empruntée à Alexis de Tocqueville :

« La démocratie s’accomplit dans le gouvernement des petites choses mieux que dans celui des grandes ». (De la démocratie en Amérique)

La clé de la démocratie participative, qui paraît si difficile à mettre en œuvre, est de rendre à l’individu la conscience de ses responsabilités et de faire confiance à son sens de l’initiative pour le bien commun.

Chassons de nos esprits la nécessité d’un état providence, dont le rôle serait la prise en charge de notre santé, nous laissant toute latitude pour la négliger. Reportons toute notre attention et notre vigilance sur la façon dont nous transmettons à nos enfants les biens, les valeurs matérielles et morales dont ils vont hériter après nous.

Débusquons les idées pernicieuses qui nous laissent espérer le secours d’hommes providentiels pour nous sortir du bourbier dans lequel nous pataugeons. Ce sont des leurres, entretenus pour le plus grand profit de quelques-uns.

Cela peut sembler bien extraordinaire d’oser prétendre que la totalité des problèmes qui se posent aujourd’hui dans la conduite des politiques gouvernementales dépend d’abord des initiatives de chacun dans la gestion de son quotidien.

S’occuper de ses « petites affaires », sans pour autant gêner les voisins qui s’occupent des leurs, c’est exercer une vigilance sur sa propre conduite, qui gagnera par contagion la gestion du collectif, au niveau local, régional, national…

Il s’agit d’inverser cette fâcheuse tendance à partir du général vers le particulier. L’intérêt général naît de la juxtaposition d’adéquations individuelles dans des contextes et des espaces divers et interdépendants, dont l’arborescence est l’image même de la vie. Il ne peut être conçu comme un intérêt supérieur devant lequel tous les intérêts personnels doivent plier, ou derrière lequel ils doivent se ranger.

L’intérêt commun n’est pas une abstraction débarrassée de toutes les pratiques ordinaires de la vie courante, et dont il faut laisser la responsabilité à une élite administrative et politique, qui serait seule en capacité d’en prendre soin.

Nos élus actuels sont bien en mal de prouver le contraire !

La doctrine de la « Raison d’État » a du plomb dans l’aile, ce qui attise les vocations extra-ordinaires et charlatanesques…

Comme en témoignent bien des initiatives en matière d’éducation, la base de la démocratie n’est pas le droit de vote, mais bien de donner aux personnes les moyens de s’ajuster elles-mêmes à leur environnement, pour devenir « adultes », et les « laisser » mettre en place des organisations sociales, capables d’amortir l’imprévisibilité que réserve la vie, et de pratiquer au quotidien une solidarité bien plus efficace que la meilleure des assurances.

Quotidien

Ce mot n’a pas beaucoup évolué ; il laisse transparaître son origine latine “quoti die” : chaque jour. En y réfléchissant un peu, le quotidien d’aujourd’hui se trouve cependant bien souvent confiné dans un entrelacs d’habitudes, de gestes mécaniques et banals. Et l’ordinaire se voit frappé de monotonie, de tristesse et d’ennui. Dans le monde du travail, manuel ou intellectuel, l’immense majorité des activités rémunérées se trouvent dépossédées de leur sens, et leurs exécutants se trouvent privés de tout contact direct et complet avec le “monde”. Karl Marx parle d’aliénation des travailleurs…

Le domaine artistique n’échappe pas au danger du quotidien inconscient englué dans les traditions élitistes du jugement esthétique, quand ce n’est pas dans la reproduction d’objets très ordinaires orientés vers la consommation touristique…

De même le quotidien de la sphère privée est menacé par les routines et les stéréotypes, que ce soit dans l’alimentation, dans l’éducation des enfants, dans les loisirs… 

Il me semble inutile de donner des exemples ; chacun est capable d’en trouver pour ce qui le concerne. Cette recherche d’exemples est le premier pas vers la libération du quotidien.

Ce qui revient chaque jour, ce dont on a besoin, au sens économique (activités) comme au sens physiologique (pain), mérite toute notre attention. Nous devons rechercher en permanence à nous ajuster à un environnement sans cesse en évolution. Nous ne sommes pas des clous plantés dans un mur, dont la seule fonction est de porter une croix ! Nous portons notre part de responsabilité car nous façonnons le monde par notre comportement.

Cette “simple” prise de conscience permet de briser le couple quotidien-inconscient et ouvre le champ-libre de pratiques plurielles, respectueuses de tout ce qui nous entoure. Les conséquences de cette ouverture du quotidien ordinaire ont, naturellement, c’est-à-dire sans effort supplémentaire, des conséquences jusque dans l’organisation de la vie publique.

Un grand nom du passé conclura cette petite réflexion hebdomadaire :

“Lorsqu’un homme prend part à la direction de sa république-circonscription, ou dans de plus élevées, et sent qu’il est un participant dans le gouvernement des affaires, pas seulement le jour du vote une fois par an, mais chaque jour ; quand il n’y aura pas un seul homme dans l’État qui ne sera membre d’un de ses conseils, grand ou petit, il se laissera déchirer le cœur hors de son corps plus volontiers qu’il ne laissera son pouvoir lui être arraché par un César ou un Bonaparte”*.

*Lettre de Thomas Jefferson à Joseph C. Cabell du 2 février 1816, Peterson. Les lettres de Jefferson sont accessibles sur https://founders.archives.gov/about/Jefferson

Les américains d’aujourd’hui, asphyxiés dans leur quotidien délétère, devraient lire et relire Thomas Jefferson.

Non

Les petits mots comme ça, trois lettres pas plus, méritent d’être entendus. 

Celui-là pourtant ne bénéficie pas toujours d’une bonne audience. La redondance est souvent de rigueur ; non, non… Il faut le réitérer pour tenter de briser la contrariété qu’il suscite, sans garantie de succès, car il est connoté violent.

L’est-il vraiment ?

De mon point de vue, non. Car c’est une question de point de vue. 

Pour le locuteur, dire non c’est informer le ou les autres qu’il n’est pas d’accord. 

Pour ceux qui le reçoivent, le petit adverbe irrite pis que poil à gratter. 

Si le refus reste ainsi, net, précis et déterminé, le risque est fort qu’il déclenche l’orage, la colère, la violence. 

Le langage a prévu des locutions pour arrondir les angles, des “non merci”, “ma foi non”, “certes non”, “mon Dieu non”, ou même “que non !”… Mais souvent la nuance est impossible car le non contient trop d’indignation, de protestation, d’exaspération : inutile d’insister : non c’est non. 

Car non n’est jamais dit du bout des lèvres, il est lourd de signification et mérite vraiment d’être entendu.

Il vient très vite au petit humain, dès qu’il commence à se percevoir comme un être à part entière. C’est le premier jalon vers l’autonomie, bien avant les apprentissages moteurs (manger seul, se déplacer seul). Une étape essentielle, qui pose les bases du dialogue, si ce “non” est accueilli avec respect, accepté, compris. Alors peut commencer l’échange, l’appel à la réflexion, la confrontation avec le non argumenté de l’adulte. Bien loin des violences de la domestication, de l’apprentissage de la docilité…

Il est la première des protections face aux situations qui semblent présenter des risques, tout au long de la vie de la personne. Le non est un barrage puissant pour se protéger ; il est encore plus puissant lorsqu’il est dit par la foule.

Tu as sans doute entendu celui du 10 septembre, dans les rues de bien des villes françaises. Il était sans ambiguïtés et sans doute aucun appelait-il à l’ouverture d’un vrai dialogue pour gérer les “crises” qui s’accumulent dans le respect des intérêts de tous.

Cette fois encore, la réponse à ce “non” général a été la violence, car nos élus se refusent à reconnaître leur impuissance, et se croient seuls détenteurs de vérités. Les institutions ont verrouillé de multiples façons les échanges nécessaires à l’évolution des sociétés humaines. Le premier des verrous, c’est la Loi. 

Mais par la force de l’évolution des situations, les lois deviennent inadaptées, contre-productives, dangereuses pour l’avenir de l’Homme…

Quand les concertations de façade organisées pour résoudre les problèmes de société sont sans effet sur la politique conduite par l’État, l’ultime recours est encore de dire non, seul ou en groupe, de contester par la désobéissance civile, de se montrer indocile sans pour autant céder aux tentations de l’usage de la violence, comme le font à l’envi les pouvoirs publics…

Manger

C’est le sujet du jour.

Du savant au populaire, de la manducation à la bouffe, manger est l’un des besoins fondamentaux de tout être vivant. Il se décline à toutes les sauces, végétarien ou carnivore, et chez les humains c’est toute une économie qui s’est développée autour de cette nécessité.

Tu me diras que c’est particulièrement vrai en France, mais en étudiant un peu le sujet, force est de constater que ce n’est pas tout à fait exact.

Le luxe alimentaire est bien une singularité française, mais il n’est qu’un signe de distinction sociale : les aliments de luxe sont des signes culturels bien avant que d’être de la nourriture… Or notre beau pays compte des millions de personnes qui ont beaucoup de difficultés à s’alimenter, et à nourrir leur progéniture.

Nombreux sont ceux qui ne mangent pas à leur faim, tu en conviendras, mais beaucoup plus nombreux encore sont ceux qui n’ont pas le choix nécessaire pour établir et maintenir un état de santé satisfaisant.

La pléthore comestible française a bien laissé des traces dans le dictionnaire, avec autant de verbes pour dire “manger” qu’en inuit de mots pour désigner la neige. Mais sur le plan nutritionnel, l’industrialisation de l’agriculture et de la production d’aliments préparés a pour conséquence directe une profonde dégradation de l’état de santé de  la population : obésité – y compris chez les enfants, hypertension, cholestérol et j’en passe… 

Il y a plus grave.

  • La malbouffe rend “accro”, comme la drogue. Cette dépendance est provoquée par la dopamine, hormone sécrétée par le cerveau quand on consomme de la drogue. Résultat : les récepteurs neurologiques continuent sans cesse d’en réclamer.
  • La malbouffe provoque des troubles du sommeil, jusqu’à développer des troubles chroniques. La consommation fréquente de fast-foods (plus de 4 fois par semaine) et de boissons gazeuses (plus de trois fois par jour) est significativement associée à des troubles du sommeil.
  • La malbouffe peut abîmer la santé mentale. Les effets néfastes d’une alimentation trop sucrée ou trop grasse sur le cerveau sont bien réels : risques de développer de l’anxiété, la dépression, voire même la maladie d’Alzheimer, plus élevés chez les personnes dont le régime alimentaire est mauvais.

Au pays de la gastronomie, on mange mal et ça coûte cher à la “sécurité sociale”, donc à la collectivité. 

Les populations les plus exposées à ce mal n’ont en réalité pas le choix

  • Ils sont économiquement contraints de se tourner vers les aliments les moins chers, les plus sucrés, les plus gras, les plus déséquilibrés sur le plan diététique.
  • Ils sont les plus exposés au racket fiscal des “taxes sur la valeur ajoutée”.
  • Ils sont particulièrement ciblés par la publicité et le marketing (sur les enfants)…
  • Ils en sont physiquement dépendants.

Ce problème n’est pas, ou pas seulement lié à aux comportements individuels, c’est bel et bien un problème de société et de politique publique, et la responsabilité en incombe aux gouvernants et aux acteurs économiques, les entreprises, agricoles ou alimentaires…

Identité

Il s’agit de l’identité de chacun, qui se trouve symbolisée par la carte du même nom, mentionne un ou deux patronymes, quelques prénoms, le sexe et la date de naissance. Des informations qui vont bien souvent nous précéder tout au long de notre vie, et qui n’évoluent pas. Elle sont inscrites sur les registres d’état civil de la commune où nous sommes nés, par un “officier” d’état civil, le maire ou son représentant, le jour de la naissance de chacun. 

Tous ces registres, ou presque, sont aujourd’hui numérisés, et ceux de plus de cent ans, protection des données personnelles oblige, peuvent être consultées facilement. Les formules employées pour mentionner la date, le lieu, sont d’un autre âge, écrites à l’encre et à la plume, calligraphiées et ornementées de grandes majuscules. On y découvre que l’enfant a été présenté à l’officier d’état civil, ce qui sous-entend que cette naissance est actée par sa vue. Les nom(s), prénoms, date de naissance adresse et profession(s) des parents sont dûment mentionnées, tout comme celle de deux personnes qui témoignent de l’exactitude de la déclaration.

La mention du sexe peut être prudente. Le maire de Saint-Saëns, qui enregistra la naissance de mon grand-père maternel en 1896, écrit : “… l’enfant qui nous a été présenté a été reconnu être du sexe masculin…”, ce qui peut sous-entendre qu’il ne l’a pas constaté lui-même, ou que peut-être une incertitude subsiste, au-delà du classement masculin/féminin imposé par la Loi.

Car chaque mot employé sous-tend la nécessité d’accrocher légalement le nouveau maillon que représente cet enfant à sa chaîne généalogique.

La moindre erreur peut avoir de lourdes conséquences pour son avenir. Une erreur dans l’orthographe d’un patronyme ne peut être corrigée que par le “service du sceau” et nécessite de passer par un homme de loi pour monter le dossier justifiant la demande de rectification.

L’identification du sexe peut, elle aussi, poser problème.

“Les défauts constitutionnels d’intersexualité sont rares…, la prévalence de chacun est inférieure à 1/1000 : un homme ayant des chromosomes XXY (syndrome de Klinefelter), une femme ayant un seul chromosome X (XO, syndrome de Turner), ou une femme (XY) ayant des testicules non fonctionnels (testicules féminisants ou insensibilité complète aux androgènes)… sont inféconds. Certains cas comme XXX ou XYY sont des femmes et des hommes ont une vie normale ; ils sont féconds et donnent naissance à la génération suivante à des hommes XY ou des femmes XX reprenant le cours usuel de transmission du monde vivant…”  Laurent Degos,  professeur à l’Université Paris-Diderot, membre de l’Académie de médecine pour “Le Figaro”, Le 28 mars 2014.

Il est difficile de recueillir des données précises sur le nombre de bébés indéterminés. Selon les sources, pour la France (hors Mayotte) la fourchette varie de moins de 1 pour 1000 (dans la citation précédente) à 1 pour 4000. Ce qui représente quand même un nombre conséquent de sujets qui ne rentrent pas facilement dans le cadre de la loi. Soit entre 225 et 900 enfants de nationalité française, nés en 1971 (une année record avec plus de 916 000 naissances), ou entre 165 et 660 en 2024 (plus de 660 000 naissances).

Le plus souvent ces enfants gardent secrète leur différence, mais ont un phénotype d’homme ou de femme et veulent le garder, ou le parfaire, si leur état civil ne correspond pas à leur réalité. Il peuvent alors faire appel à la chirurgie et-ou à la médecine. 

Enfin, à l’âge adulte, certaines personnes peuvent aussi ne pas se reconnaître pas dans leur genre et cherchent à obtenir un changement d’identité au niveau de l’état civil, soit sans réfection chirurgicale des organes sexuels (travestis) soit après mutilation et reconstruction (transsexuels). Dans ce cas, ces personnes deviennent infécondes de leur propre gré. Leur volonté d’apparaître similaire au sexe opposé à leur sexe naturel n’est pas en rapport avec leur attirance affective homo ou hétérosexuelle, qui sont des caractères liés à la sexualité, à partir de l’adolescence, et qui sont aussi modelés par l’environnement culturel.

Ménage

Encore une évidence ; le ménage, le trivial, le quotidien, le routinier, en bref “l’ordinaire” n’est pas digne d’intérêt. On en délègue autant que possible l’exécution à d’autres, avec souvent l’excuse de vouloir-devoir se consacrer à des tâches “supérieures”… Et c’est bien là où le bât blesse.

Car le “ménage”, qui a inspiré le management anglo-saxon, et nous est revenu plein de suffisance ainsi déguisé, qu’est-ce donc ?

Larousse en donne plusieurs définitions. Gardons la plus banale :

Ensemble de ce qui concerne les affaires domestiques, l’entretien de la famille, en particulier ensemble des travaux concernant la propreté de la maison”.

La vie ordinaire, loin d’être confinée dans un système d’habitudes à peine conscientes, consiste au contraire en la recherche d’un ajustement permanent de l’individu aux conditions qui sont les siennes. Ces gestes ordinaires, si anodins, sont pourtant au cœur de l’être, au sein d’un monde en perpétuel mouvement, et forment ces multiples ajustements et ce flottement permanent d’une conscience aiguisée, à l’affût d’un présent kaléidoscopique dans lequel il doit évoluer sans cesse.

Abandonnons cette vigilance, que certains nomment pleine conscience, et le champ est libre aux dérives liberticides du mépris pour le citoyen ordinaire, ignorant, abruti d’injonctions autant chez lui que dans l’entreprise qui l’emploie, esclave des réseaux sociaux… Se met en place un despotisme doux où l’individu renonce à affronter la réalité, et délègue tout ce qui l’ennuie à d’autres.

Or, même imparfaite, a friction au quotidien a ceci d’irremplaçable qu’elle forge le caractère, permet de se confronter et de s’intégrer au réel, prévient le risque du fantasme et de la fiction, entraîne à faire face à l’imprévu, et offre en prime le plaisir de “faire les choses” soi-même et de préserver son libre-arbitre.

Oui, c’est tout ce qui se cache dans les gestes les plus simples : 

  • se déplacer par ses propres moyens, à son gré, sans recours à d’autre force que la sienne,
  • prendre conscience de la qualité de ses aliments en les choisissant et en préparant soi-même son repas,
  • organiser son environnement domestique de façon qu’il s’adapte chaque jour aux besoins de repos, d’hygiène, d’esthétique.

Quand on en est à préférer la réflexion aux évidences, à enquêter plutôt que subir les dogmes, à privilégier l’expérience,  viennent alors les contacts, les échanges, les interactions par lesquels l’expérience se raffermit tout en s’élargissant et en s’enrichissant. C’est alors que le ménage, tel que le conçoit l’économiste, se concrétise, foyer, famille, ensemble des personnes partageant un même lieu de vie.  C’est aussi l’association où chacun, conservant la même conscience de sa place au quotidien, s’engage dans une démarche collective qui le concerne, participe à la gestion des affaires publiques, sans qu’il soit établi que certains sont plus compétents que d’autres. La compétence se développe dans la gestion des petites affaires locales, sur le modèle du ménage. 

C’est ainsi, et seulement ainsi, que la vie sociale peut être considérée comme démocratique.

Évidences

Cela ne paraît peut-être pas évident, au premier abord, mais derrière les évidences se cachent souvent des préjugés, de fausses vérités.

Telle n’était pas l’intention de René Descartes, lorsqu’il établit les quatre règles de sa méthode – “méthode cartésienne” qui repose sur le doute.

La première de ces règles est :

 » Ne recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle « . C’est la règle d’évidence. N’admettre pour vrai que l’évident, le certain et non le probable. Les trois autres règles sont tout aussi explicites. L’analyse (division du complexe en éléments simples), la logique (suivi de l’ordre de la raison) et le dénombrement (recensement) forment avec l’évidence les “quatre règles pour la direction de l’esprit”, et la base du rationalisme cartésien, une méthode scientifique dans le droit fil du rationalisme des philosophes grecs antiques.

Descartes s’attache à démontrer l’universalité de sa méthode, son efficacité pour aborder toutes les sciences. Le vocabulaire qu’il emploie semble encore aujourd’hui précis et concis. Mais il porte, insidieusement, l’usure du temps, et particulièrement le mot évidence, ou “évidemment” dans la phrase citée plus haut. La racine en est le verbe latin videre – voir. L’évidence se base donc sur la vision, sur l’observation.

Quatre cents ans plus tard, la vue n’est plus prépondérante dans la pensée scientifique, tant pour le cosmique que pour le quantique, et des instruments sans cesse plus sophistiqués sont nécessaires pour pallier aux insuffisances de l’œil humain. Mais au quotidien « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », et de nos cinq sens ce dernier reste prépondérant.

Il se laisse toutefois bien facilement abuser, et pas seulement par les prestidigitateurs. L’image, fixe ou animée, règne pratiquement sans partage sur le bon sens. La facilité avec laquelle l’image peut être manipulée aujourd’hui remet en question cette prépondérance, et conduit à observer avec un peu plus d’attention ce qui paraissait, jusqu’à présent, évident.

Et force est de constater que les évidences cachent, volontairement ou non, bien des préjugés. 

Il ne s’agit pas de remettre en question la rigueur des scientifiques, qui sont les premiers à connaître les difficultés liées à l’exercice de leur métier. Il s’agit de rappeler que la Science a besoin être financée, et que cette nécessité provoque bien souvent des interférences aux conséquences inattendues. Les besoins militaires des politiques ont été d’excellentes opportunités de recherche et de développement, y compris pour le civil. Tout cela est connu.

Il s’agit de traquer ce mépris de l’autre qui se cache dans les politiques en matière d’éducation (un cinquième de la population française est considérée comme illettrée), de santé publique (qui coûte trop cher au contribuable), de justice (qui sanctionne avec toujours plus de retard et d’inefficacité)…

Mépris de l’autre qui rejaillit avec d’autant plus de force dans notre quotidien, dans l’exacerbation de la xénophobie et du racisme, dans la mise au ban des populations les moins nanties, dans l’exploitation des ressources naturelles sans souci de l’avenir. 

Ce sont les évidences de notre quotidien, que je me refuse à prendre pour des vérités.