Le sénateur Laurent Duplomb, à l’origine de la loi “Duplomb”, a inspiré cette page. Son patronyme, qui circule si activement dans les médias depuis quelques mois, m’a rappelé la controverse du plomb dans l’essence, qui doit dater d’une cinquantaine d’années…
Petit rappel ; le moteur thermique des années 1920, utilisant l’essence de pétrole comme carburant, nécessitait d’y ajouter des additifs à base de plomb pour en améliorer le rendement. Ce procédé a engendré une pollution atmosphérique, qui a ému l’opinion publique américaine dans les années 70, puis l’Europe un peu plus tard. Les pétitions n’avaient pas encore la puissance qu’elles connaissent aujourd’hui grâce à internet, mais les journaux d’alors ont développé les arguments des uns, qui soutenaient qu’il était impossible de se passer du plomb dans l’essence, et des autres, qui relayaient les effets pathogènes (saturnisme) du plomb et de ses dérivés sur les humains, particulièrement les enfants.
L’ajout de plomb dans l’essence fut finalement restreint, puis abandonné presque partout à partir des années 2000. Une bonne centaine de millions de personnes reste toutefois exposée à cette pollution dans certains pays. L’Algérie par exemple, a fini par interdire cette pratique il y a tout juste quatre ans…
Mais il ne faut pas se leurrer !
Le retrait du plomb dans l’essence ne s’est pas fait pour des raisons sanitaires !
La pollution aérienne engendrée par les moteurs thermiques tient aussi dans des sous-produits de la combustion, les oxydes d’azote (Nox) particulièrement délétères pour la santé humaine, et accessoirement pour l’environnement (effets sur l’ozone). L’industrie automobile a donc travaillé sur l’élimination de cette pollution particulière, en équipant les véhicules de pots catalytiques. Mais on s’est aperçu au bout de quelques années que la présence de plomb dans le carburant nuisait à leur fonctionnement. Il a donc fallu se résoudre à abandonner l’usage de cet additif pour des raisons techniques…
La santé humaine n’est qu’un épiphénomène dans les choix techniques qui président à nos destinées.
Besoin d’un autre exemple ?
Au hasard ; le choix de la filière énergétique nucléaire française reposait sur la nécessité d’amortir les frais de recherche du pays, après la seconde guerre mondiale, pour rejoindre le groupe des pays détenteurs de l’arme atomique. Le nucléaire civil a permis d’amortir les frais du nucléaire militaire, et l’énergie produite à bas prix a généré la politique du “tout électrique”, sans se soucier des performances thermiques de la construction, à partir des années 60 : les passoires thermiques d’aujourd’hui, qu’il faudra bien raser pour reconstruire… Et le pays manque cruellement de logements depuis plus de 20 ans…
La loi “Duplomb” se situe dans le doit fil de ces politiques dictées uniquement par des intérêts techniques et financiers. La grande toxicité de nombreux produits ne doit pas entraver leur usage, et tant pis pour le déficit de la sécurité sociale.
L’État ne doit pas chercher la puissance, mais choisir les moyens compatibles avec les intérêts de sa population. Une société où l’on ne délègue pas les décisions techniques aux experts, mais où l’on débat collectivement de ce qui est juste, vivable, désirable.
La santé publique est, en 2025, un objectif désirable.