Soin

Le mot anglais « care » se substitue assez facilement, depuis quelque temps, au mot « soin » dans la réthorique française. Le développement de la pensée (scientifique, culturelle et sociale) se faisant très majoritairement à partir du langage, il me semble important de faire aujourd’hui un petit état des lieux de la pensée du « soin ». Sa définition s’en trouvera précisée et le passage par le « care » deviendra inutile.

Tel que je l’ai employé, à plusieurs reprises, dans le texte de la semaine dernière, le mot « soin » couvre aussi bien l’attention que porte la mère à son nouveau-né, que la conscience mise par tout bon professionnel dans l’exécution de sa tâche.

Certains psychologues avancent même l’hypothèse qu’un enfant soigné par ses parents aura toutes les chances de faire plus tard un professionnel soigneux…

Or nous vivons une époque où l’économie rationalise tous les comportements, toutes les disciplines, et le soin n’y échappe pas ; nous en voyons les résultats dans les « crises » qui s’empilent dans les milieux de la santé, l’enseignement… Le qualitatif ne se soumet pas au quantitatif, et la pression technologique échoue à réduire le sujet à des « données ». Les lettres employées pour écrire le mot soin ne peuvent être chiffrées.

Les neuro-sciences, à leur façon, exercent aussi leurs pressions sur l’enseignement, vecteur de transmission du soin. Elles confondent trop souvent le perfectionnement nécessaire, lié à l’évolution des sciences, et l’augmentation du potentiel humain. Encore une façon de contraindre l’humanité aux chiffres, en parlant d’homme « augmenté » !

Dernière pression, et non des moindres, celle de la politique, qui renégocie en douce la définition de la démocratie, en « oubliant » que le gouvernement de soi est indissociable du gouvernement des autres, et en prônant un « Fais ce que tu veux« , mortel pour le soin collectif, celui que nous devons à notre environnement, à notre merveilleuse petite planète bleue

Ainsi cerné, le soin est bien au cœur de tous nos problèmes contemporains.

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