Le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles a publié la semaine dernière la liste actualisée des métiers en tension, destinée à faciliter l’accès à ces emplois pour les travailleurs étrangers ne provenant pas de l’Union Européenne.
Notons que “ministère” et “métier” sont des mots tous deux issus du latin ministerium, dont le sens le plus large est “charge que l’on doit remplir, emploi, fonction”.
Ministre égale serviteur.
La contraction du mot ministère en métier a tendance à en restreindre le sens aux métiers manuels, jusqu’à le réduire à la désignation de machine (comme le métier à tisser). La liste 2025 des métiers en tension compte fort peu de chefs (de chantier), d’ingénieurs ou de cadres, mais beaucoup de (man)ouvriers ; des personnes qui travaillent essentiellement de leurs mains. C’est une liste “à la Prévert”, un inventaire annuel dont le seul intérêt sera d’aider à débloquer quelques dossiers d’étrangers qui veulent travailler en France. Elle ne suffira pas pour résoudre ce problème de fond qu’est la désaffection pour les métiers manuels.
En quoi travailler de ses mains est-il dévalorisant ?
La responsabilité n’en revient pas, pas seulement, à l’industrie qui a développé la mécanisation dans tous les secteurs d’activité, pour “remplacer” le travail humain. L’appauvrissement des tâches est, certes, une cause de désaffection, mais ce n’est pas la principale. La cause principale est une fonction essentielle, mais discrète, de la biologie : l’économie d’énergie. Le travail, humain ou mécanique, implique l’emploi d’une énergie pour transformer la matière. Or, c’est une règle universelle, l’énergie ne peut ni se créer, ni se détruire, mais seulement se transformer. Ce que nos cerveaux appliquent scrupuleusement en économisant la leur, et celles des muscles qu’ils ont à gérer.
Par exemple nos besoins en matière de déplacements (l’être humain a colonisé la planète par ses propres moyens de déplacement – marche et course – en quelques centaines de milliers d’années…) se sont trouvés puissamment dopés par la domestication du cheval, puis par le “cheval-vapeur”, avec les ressources minérales du charbon, puis du pétrole. On a l’impression, trompeuse, de pouvoir aller toujours plus vite, toujours plus loin, en se fatigant moins, mais en réalité, nos moyens de déplacement modernes consomment toujours plus d’énergie, qu’il faut partager avec toujours plus d’êtres humains. Il faut donc réintroduire ce principe d’économie d’énergieS – pas seulement la nôtre – dans notre quotidien, et dans la gestion de nos activités professionnelles…
Du point de vue de la (science) physique, un artisan qui travaille de ses mains dans son atelier, un paysan qui tire sa subsistance de sont lopin de terre, sont beaucoup plus économes, qu’un ministre qui vibrionne et se déplace, avec sa cour, pour exercer sa – petite – fonction d’organisation et de gestion de la vie publique.
Oui, il faut en passer par la mise en pratique d’une comptabilité adaptée à la gestion des énergies, et permettre ainsi de rendre au travail musculaire sa vraie valeur.
Les ministres (du Travail, comme tous les autres) pourront alors se consacrer à mieux gérer les responsabilités que nous leur avons confiées…